Déjà
novembre. Il ne fait pas vraiment froid, autour de 10-12 degrés, mais Bath est
plongée dans une brume fantomatique depuis hier. Ça pourrait influencer mon
moral, comme ça le fait parfois, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je me sens
toute puissante, ou presque. J’ai des petites nouvelles pour vous.
Mais avant,
un petit survol de ma fin d’été. J’ai lutté contre ça, mais j’ai passé l’été à
attendre qu’il finisse. Tout en me disant, me répétant « Alex, profite de
ton été anglais ». Malgré moi, je n’avais hâte qu’à ces choses qui arriveraient
fin-août/début-septembre : la visite de Christine (qui coïnciderait avec
mon anniversaire et un séjour à Brighton), le retour de Colin, mon fancy voyage
d’affaires à Paris (et pourtant)… Alors après tout ça, je me suis sentie bien
vide, toute seule avec moi-même, à tenter de me remémorer de quoi avait l’air
ma vie normale « avant ». Aussi, nous avons fermé une des boutiques
où je travaillais, pour le meilleur et pour le pire, ébranlant au passage mes
heures et revenu garantis et remettant en question (encore) mon petit confort.
J’ai
retrouvé mon équilibre depuis, mais j’ai désormais cette certitude : pas
facile de garder cet équilibre quand nos piliers se trouvent dans un autre
pays. Et cette crainte de certitude : revenir au Québec ne sera même pas
si facile que ça. Mais on verra.
J’exagère
quand même un peu en disant que je n’ai pas profité de l’été. Mon week-end dans
le Devon, bord de mer, fut des plus agréables, de même que ma visite à Bristol
pour le festival de montgolfières avec Holly, et ne serait-ce que mon petit
quotidien dans le soleil, même si les Anglais disent qu’on n’a pas eu un bien
bel été. Je suppose que mes attentes n’étaient pas très élevées. Et aussi, le
bref passage d’Andy dans ma vie aura sans doute illuminé ces quelques mois de
la même manière que j’ai pu illuminer les siens. Je ne vous en dis même pas
plus que ça à propos de lui, désolée, mais je ne peux pas vivre avec l’idée de
l’avoir complètement passé sous silence. Le nommer ici est une salutation, une
petite reconnaissance.
Au cours
des dernières semaines, l’océan Atlantique m’a semblé devenir une frontière
poreuse, qui ne laisserait pas seulement passer mes gens du Québec vers
l’Angleterre, mais qui permettrait aussi l’inverse. Car voilà, j’ai finalement
réservé le billet d’avion qui me ramènera au Canada (ouin, je dis maintenant
Canada), et ceci a provoqué un décompte, matérialisé l’idée du retour,
jusqu’ici vague et niée. J’ai donc commencé à inviter mes gens d’ici à venir
visiter mon autre vie. Il faudra un divan-lit dans mon nouveau salon. 21 juin
2016, notez ça à votre agenda : je vous reviens, et je ne sais pas trop
dans quel état. Infiniment heureuse et infiniment triste à la fois. J’ai
commencé à rêver à l’après. Je suis consciente de devoir bien bien bien
profiter du maintenant, aussi convenu que cela puisse sonner.
Mon automne
s’est autorempli, à mon insu, de journées qui se ressemblent, d’un cahier à
colorier et de photos imprimées qui attendent encore d’être démêlées et
assemblées dans mes albums. Ah, et de Gilmore Girls - j’ai réécouté les Gilmore
Girls (et capoté en réalisant que j’étais désormais plus proche de l’âge de la
mère que de celui de la fille). J’ai aussi eu la visite de Christine, fin août,
et de mon éternelle Kalem, début octobre, à qui j’ai pu présenter ma ville, mes
sentiers, mes lieux d’habitudes, quelques amis. Cuisiné de délicieux mijotés avec Christine, amené Kalem au mini-golf et au fish n chips que je n'ai pas digéré. Hum. Mais de savoureux moments.
Je vous
disais donc, une des boutiques où je travaillais a fermé ses portes. Je
travaille tout de même une moyenne de 4 jours/semaine, ma collègue Clare faisant un cours à temps
partiel en ce moment, mais je vivais jusqu’ici avec l’idée de devoir me trouver
un nouveau sideline en janvier. Je me
disais, tant qu’à être à l’étranger, avec quelques mois avant de replonger dans
la vraie vie, pourquoi ne pas tenter quelque chose de différent? Un café? Ou un
pub! fou de même. Mais je ne cherchais pas, sachant que j’aurais l’occasion de
travailler à la patinoire dès la fin novembre, et ce pour 6 semaines. Sauf que
parfois, la vie nous tend une job, et on la saisit.
Voici
l’histoire. Elle comprend une allusion à Stephen Harper.
Je revenais
d’une rencontre du Bath Film Festival pour lequel je ferai quelques heures de
bénévolat au début décembre. J’avais pris un verre de vin et j’étais dans mon
mode je-jase-et-je-suis-super-sociable. Je rejoignais quelques amis pour un
verre dans ce petit pub… suis allée me commander un cidre et ai commencé à
jaser avec le barman, qui m’a demandé de lui apprendre quelque chose qu’il ne
savait pas. J’ai pris 2 secondes pour y penser et lui ai dit « Stephen
Harper is out ». Il ne savait pas. On a jasé un peu politique, je lui ai
dit comment c’était une bonne chose – n’en déplaise à mon grand-père -, puis il
m’a dit « Je vais à mon tour te dire quelque chose que tu ne sais
pas : c’est la première fois que quelqu’un répond à ma question. En
général, les gens ne savent pas quoi dire. » Il m’a demandé ce que je
faisais à Bath, j’ai dit que j’avais un visa de travail, puis il m’a dit que si
ça m’intéressait, ils cherchaient quelqu’un à temps partiel. Ça m’intéressait.
C’était totalement inattendu, mais ça m’intéressait follement. J’ai regagné ma
table avec un air ahuri, dit à mes amis que je venais de me faire offrir une
job. Ils m’ont encouragée à sauter sur l’occasion. Deux jours plus tard, je
revenais au bar, manifestais mon intérêt au proprio. Puis, j’avais une
rencontre informelle, puis j’avais la job, puis je commençais. Tout ça en moins
d’une semaine. Alors voilà, je travaille comme barmaid dans un pub de 305 ans,
le Old Green Tree. Levez la main, ceux qui sont surpris. Moi! Moi la première,
la main bien haute. Et qu’est-ce que c’est bon, de se surprendre soi-même. J’ai
encore beaucoup à apprendre, certes, mais quelle expérience, quel défi. Et
sérieusement, combien de fois dans sa vie on se fait offrir une job pour son
sens de la répartie? Si ça ne me levait pas autant le cœur, je remercierais
presque Stephen Harper.
Des fois je
me dis : j’aurais pu, vraiment pu, garder le cap sur cette autre vie. Ce
bon emploi, cet appart, la chatonne, la coloc… J’aurais sans doute planifié un party
retrouvailles de ma gang de la Grèce, de ma gang du baccalauréat, rêvé d’un
xième voyage en Europe – parce que je n’en ai toujours pas fini avec l’Europe…
Est-ce qu’il m’aurait manqué quelque chose? Est-ce que j’aurais eu conscience,
tôt ou tard, que je passais à côté d’une autre occasion? À côté du UK, à côté
de Bath, des amis, des nouveaux emplois, nouveaux défis? Est-ce que j’aurais pu
être complètement heureuse, complètement moi-même, sans « ça », ce
que je fais maintenant et que je ne sais plus comment nommer? Plus de l’ordre
du voyage, ni de l’aventure… juste une portion un peu différente de ma vie, de
ce qui fait moi de moi? Je n’ai pas de réponse.
Je
rencontre pas mal de gens, ici, fiers de me dire qu’ils ont visité Toronto en
1983, que leur fils a passé 2 ans à Vancouver, etc. Et à tout coup, je hausse
les épaules, je leur dis que ça a beau être « mon » pays, je n’y ai
jamais mis les pieds – alors que j’ai probablement vu davantage du Royaume-Uni
qu’eux-mêmes. N’empêche, ça commence à me titiller, cette envie de le
découvrir, « mon » pays, cet endroit où j’aurais pu aller
perfectionner mon anglais sans besoin de visa, sans la moindre paperasse, cette
destination qui ne m’a effleuré l’esprit qu’en tant que plan B. Envie aussi
d’explorer la Nouvelle-Angleterre, tous ces doublons de villes anglaises, ces
vieilles colonies et comment elles se sont émancipées. Ces presque deux ans à l’étranger
m’auront peut-être réorientée vers une étude de mes simili-racines plutôt
qu’assoiffée de nouveaux continents. Et ce n’est pas plus mal.
Allez, en
rafale. Un super séjour dans le Nord du Pays de Galles la semaine dernière; une
nouvelle visite à Londres la semaine prochaine, entre autres pour un show de
Patrick Watson; l’idée persistante bien qu’inassouvie d’une visite à Cambridge;
le marché de Noël à venir et plein d’heures de boutique avec; le pub; la
patinoire – ah ouin, parce que je n’ai pas renoncé à la patinoire malgré que
j’aie déjà deux emplois, est-ce suicidaire? -, le festival de films; la visite
de Joëlle-cerise; et une certaine idée de m’évader du côté de Prague en janvier
– pourquoi pas?
Et vous, ça
va?