mardi 14 juillet 2015

Bath, collection printemps-été 2015


Allo!

Je sais, je sais. Longtemps que je n’ai écrit, donné de nouvelles, mais voilà, toujours faut-il que nouveau il y ait. Je fais un effort aujourd’hui, et rassemble les bouts de nouveau et le vieux renouvelé pour vous faire un petit portrait de mon quotidien anglais.

Je change un peu la donne cette fois. Je vous écris non pas de mon café préféré, mais de mon café-pub préféré, le Colonna & Hunter, endroit trendy, lumineux et inspirant dont les bières artisanales se renouvellent chaque semaine et où je me fais un plaisir de retrouver tous mes amis locaux, et de traîner tous mes visiteurs. Vous êtes d’ailleurs prévenus, si vous passez par Bath, je vous amène ici.

Première des choses, j’ai franchi la semaine dernière le seuil des trois mois de probation chez Treaty/Pluck & Lustre, ce qui signifie que je suis maintenant « permanente » - dans le sens le plus limité du terme, il va sans dire. Après avoir fait du temps plein pendant tout juin pour remplacer une collègue en vacances, je retombe à un horaire de quatre jours par semaine, assez pour vivre convenablement et assez pour profiter de ma vie d’exilée à côté.

Quand je repense à cet emploi d’adjointe commerciale que j’avais espéré décrocher dans une maison d’édition à Bath, je me dis finalement « Mais quelle chance que je ne l’aie pas eu ». Quelle chance que j’aie plutôt été forcée d’essayer quelque chose de nouveau, de différent, d’aller chercher une nouvelle expérience, et que dire de la diversité que m’offre mon emploi actuel ? Être mandatée pour développer le marché en France, où l’accueil pour nos bijoux est assez bon qu’il justifiera une participation au salon de bijoux Bijorhca de Paris en septembre (!), faire un peu de traduction, avoir une équipe franchement adorable, et bien sûr travailler dans les boutiques, changer la vitrine, sortir les paniers, fleurs, coussins, foulards dehors pour montrer qu'il y a un joli petit commerce dans cette rue tranquille. Les gens s'arrêtent pour prendre la devanture en photo et j'ai l'impression de participer à la joliesse de Bath. J'aime tourner mon écriteau Closed/Open, allumer une chandelle, faire mon plancher et simplement commencer ma petite journée, jaser avec le facteur, servir les clientes... sans devoir leur créer de compte VIP... Et vous savez la meilleure ? Cette fameuse maison d’édition qui me faisait de l’œil, un nouvel ami m’a confié avoir plusieurs amis y travaillant, et que ceux-ci sont sous-payés, épuisés, et qu’il n’y fait vraiment pas bon travailler. Merci la vie.

Je m’en veux d’avance de vous débiter en cascade tout ce qui suit, et m’en veux de ne pas accorder à chacun de mes précieux visiteurs plus de quelques mots, mais vous constaterez que j’ai eu un printemps bien rempli. Ma nouvelle coloc espagnole, Alicia, a emménagé tout juste comme ce beau monde semblait se passer le relais pour me visiter, et n’en revenait pas de ce défilé. Je me sens effectivement choyée.

Alors d’abord, j’ai reçu la visite de mon petit papa à la fin avril, visite que nous avions fait coïncider avec la visite de Benoit et sa famille en Colombie Britannique, permettant à mon père de sous-louer son appartement à 5 minutes de chez moi et de rendre tout le monde bien content. J’ai donc eu le plaisir de passer deux jours à Londres avec mon père, puis de lui faire découvrir ma ville, et enfin de découvrir avec lui un petit bout du Pays de Galles, Swansea et son joli petit voisin le Mumbles Pier ainsi que Cardiff, capitale malheureusement assez grise le jour de notre visite, nous autorisant à nous réfugier au pub sans plus de culpabilité. Étrange et réconfortant de constater comment il redevient vite normal d’être en compagnie de son père. Quelques heures après nos retrouvailles, et malgré le cliché de la chose, c’était comme si on s’était vu la semaine précédente. Puis mon indéfectible Catherine, dont la longue amitié n’a jamais été entaillée par nos exils et silences respectifs, m’a rejointe une semaine à Bath, encore une fois, comme si on s’était quittées une semaine auparavant. Elle et Amélie se sont croisées le temps d’un sympathique café, cristallisant cette image farfelue de la visite à relais. Amélie, je pense pouvoir le dire sans me tromper, est tombée amoureuse de Bath, et son regard sur ma ville a ravivé le mien.

À force de ces visites, j’en suis venue à me dire que je ne pouvais refaire toujours les mêmes activités en boucle, aussi charmants soient le Jane Austen et le Sally Lunn’s tearooms, aussi fascinant soient les Roman Baths, etc. Alors avec Catherine, j’ai entre autres longé les écluses du canal et pris un verre au populaire mais excentré Bathampton Mill, avec Amélie j’ai visité le No1 Royal Crescent, reconstitution saisissante d’une demeure géorgienne.

J’ai ensuite accueilli mon amie-petite sœur Angela (je ne peux m’empêcher de la revoir adolescente alors que je travaillais à La Promenade, moi jeune adulte universitaire) avec son gentil et amusant copain anglais, James, pour une petite journée. Angela ayant elle-même vécu plusieurs mois en Angleterre juste avant ma venue (à quelques kilomètres de Bath à peine, qui plus est), mais ne nous étant pas croisées dans l’intervalle, notre rencontre se situait entre le surnaturel et le pur plaisir de nous retrouver ici.

En juin, j’ai retrouvé pour une dernière fois ma chère Sabrina le temps d’une visite à Londres, juste avant son retour au Québec après sa session universitaire à Strasbourg. La visite des studios d’Harry Potter, comme j’arrivais à la fin de ma relecture des romans, fut assez magique, si j’ose m’exprimer ainsi. Puis déambulations dans la ville ; verre dans Camden Town ; déjeuner au Cereal Killer, littéralement un bar à céréales ; arrêt obligé à la célèbre traverse piétonne d’Abbey Road, où il fut des plus ardus de prendre une photo souvenir, en bonnes touristes qui se respectent (ou qui se moquent de faire les touristes) ; demi-représentation de King John au Shakespeare’s Globe (oups, je n’étais pas censée dire qu’on était parties à la moitié hein ?) ; lunch au Borough Market, et dernier dernier verre avant on n’est pas sures quand, dans Shoreditch, parce que Shoreditch, c’est la vie. Se faire un tatouage temporaire (yolo) et être un peu émues de se dire aurevoir à Victoria Station…

Puis une visite inattendue de la part d’Anne-Sophie, vous savez cette amie que vous aimez beaucoup mais que vous n’avez jamais connue en dehors de son couple ? Et vous aimez aussi beaucoup son copain, mais vous n’avez pas non plus connu celui-là en dehors dudit couple.  Et puis voilà que le couple se dissout alors que vous êtes à l’étranger et que vous n’osez écrire ni à l’un ni à l’autre, prenant soudain conscience que vous ne connaissez personnellement ni l’un ni l’autre ? Voilà, vous y êtes, cette amie-là.  Je suis convaincue que j’aimerai tout autant l’ex-copain dans son entité individuelle quand j’aurai la chance de le revoir, mais ce fut un réel plaisir de « rencontrer » Anne-Sophie à Bath, presque pour une première fois. De belles et franches discussions, diversement arrosées, des rires, des confidences, et aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai un peu l’impression de m’être fait une nouvelle amie.

Voilà qui clôt presque mon festival des visites Printemps-Été 2015, ne reste qu’à mentionner la plus jolie des surprises de mon ex-collègue Québec-américaine Louise, qui passait tout bonnement par Bath dans son voyage anglo-écossais-irlandais et qui a pris la chance de m’attraper à ma boutique – quelle charmante visite !  

Il y a deux semaines, nous avons goûté quelques jours de canicule, tout un événement pour une région où la climatisation est un concept assez limité, sinon franchement superflu, la majeure partie du temps. Alicia et moi avions chaud, je ne le nie pas, mais nos constitutions espagnole et québécoise ont de bon que nous sommes habituées à de tels extrêmes. Alors que dans le cas des Anglais, ohlala ! Je pense qu’ils ont tous un peu fondu. Holly entre autres était drôle à voir. Oh et par rapport à mon logement, je ne sais plus vraiment ce qui se passe ou s’en vient. L’appartement qu’Holly avait voulu acheter s’est révélé un paquet de problèmes, engloutissant beaucoup de temps et d’énergie. Si elle continue de magasiner plus ou moins activement d’autres appartements, il n’est toutefois pas garanti que le prochain comprendra une chambre pour moi. Nous gardons toutefois l’appart actuel jusqu’ la fin août, minimum. Et j’ai décidé d’arrêter de m’inquiéter des si peut-être mettons que.

Un mot sur mon coach de tennis, parce que j’avais été assez frivole, ou naïve, ou je ne sais quoi, pour écrire ici que je m’y étais attaché le cœur. Un mot parce qu’à quoi bon le taire, parce que les nouvelles ne peuvent être que fleuries et joyeuses. Un mot tout de même serein, maintenant dépourvu de rancœur, pour dire qu’il est parti pour l’été en Amérique du Sud, promesse d’aventures à n’en plus finir, et pas de place dans son sac pour une quelconque attache, à une quelconque jeune femme qui de toute manière sait son temps en terre anglaise limité. Oh il reviendra, mais on ne sait pas ce que la Suite aura à dire pour sa défense.

Je sais que j’écris ça chaque fois, mais mon statut de coureuse est toujours aussi intermittent. J’avais recommencé assidument quand Colin est parti parce que j’avais tout à coup pas mal plus de temps à moi – et quelques émotions à brûler -, mais mon rythme de vie s’est réarticulé autour de son absence, le tourment s’est apaisé, et la course a perdu un peu de sa nécessité. Y suis malgré tout retournée il y a deux jours, et aspire encore et toujours à être plus assidue…

Je n’ose pas dire que c’est complètement décidé, mais je fais de plus en plus mon deuil d’une visite au Québec d’ici la fin de l’aventure. Parce que tout déboulera très vite, que j’irai à Paris en septembre, que j’aurai plusieurs visiteuses (ouin, y a juste des filles qui me visitent, avis à vous garçons) en automne, puis que rapidement ce sera Bath on Ice à nouveau (je meurs déjà d’impatience à l’idée de rechausser mes patins), et qu’ensuite il ne restera que ce dernier stretch, ces derniers cinq ou six mois avant le vrai retour (et je ne veux même pas y penser).

Je vis assurément une période fascinante, une vie dédoublée, où rien ne me semble plus normal que de vivre à Bath, que de m’acheter une robe dans un charity shop, parler de la pluie et du beau temps en anglais avec la caissière à la coop, mon épicerie locale, travailler dans mes deux langues, garder Freya (en français) puis souper avec Erica et Benoit (français et anglais), planifier une petite excursion à Weston-super-mare pour le jour suivant, aller passer un week-end à Londres, croiser des boites téléphoniques ou postales rouges, passer l’après-midi à lire devant le majestueux Royal Crescent, désormais un pan normal de mon décor. Mais savoir, tout de même, qu’il y a cette autre maison qui m’attend, vous avec, le reste de ma vie avec. Y rêver de moins en moins régulièrement, mais y rêver quand même. Regretter de manquer les francos, le Marché des possibles, les pique-niques au parc Laurier, les cafés glacés chez Bello, les tours de décapotable, la Tandem, le chalet polonais. Savoir qu’un jour je retrouverai tout ça, mais qu’alors tout le reste ici me manquera, mes colocs, mes collègues, mes amis, mes petites rues, le facteur, la caissière, la pluie, le beau temps – et souvent les deux dans la même journée -, le Royal Crescent et le fait qu’il soit normal d’y passer l’après-midi à lire. Il m’apparaît parfois que je passerai le reste de ma vie à être en deuil de cet endroit. Mais je ne suis pas vraiment triste, je pense même être infiniment chanceuse.

Quelques petits plans estivaux : une petite visite à Londres cette semaine – je sais, encore ! Mais Londres ! Quand d’autre dans ma vie habiterai-je à 3 heures de Londres ? Il y a encore tant à voir ! Et puis maintenant qu’Amélie y habite, j’ai une raison de plus de vouloir y aller. Aussi, deux ou trois jours dans le Devon, chez une tante d’Holly qui a une maison près de la mer (espérons du beau temps) et deux jours à Brighton pour mon week-end d’anniversaire, quand Christine, ma chère ex-coloc, viendra me visiter. Et sinon, simplement lire au parc, encore et encore, respirer le parfum des coquets jardins anglais, me balader dans ma toujours magnifique ville, voir des amis, boire des cafés, des ales, des cidres, aller au Bristol International Balloon fiesta, et juste être là.

Profitez quand même de Montréal, de Mont-Tremblant, de l’été québécois pour moi.