Aujourd’hui, c’est un peu l’été à Bath. J’expose mes petites
jambes blanches au soleil pour la deuxième fois en une semaine, le soleil est
chaud, le monde est beau. Et j’expérimente une chose à la fois étrange et très
agréable : je n’ai hâte à rien. Bon, ça a l’air un peu plate dit de même,
mais la vérité est que ce mardi 14 avril fait tellement bien la job que ça me
suffit d’être aujourd’hui. Bien sûr, la visite de mon père dans 2 semaines,
puis celles de Catherine et d’Angela, mon déménagement prochain avec Holly…
tout ça me sourit. Mais tout autant que de déguster un café glacé dans mon café
préféré (again), par une journée splendide, en vous écrivant, sachant que
j’irai ensuite retrouver mon petit amoureux anglais. Je sais, le MOMENT PRÉSENT
sonne un peu cul-cul, mais j’en tire le meilleur.
Première jolie nouvelle : je me suis trouvé un petit
emploi à 3 volets, où j’ai commencé il y a deux semaines. Il faut dire que je
me suis d’abord cassé les dents sur plusieurs jobs administratives, espérant
faire valoir mon expérience en commercialisation et aspirant à faire un salaire
décent, mais me butant à refus sur refus, ou plutôt silence sur silence. J’ai
même appliqué pour un poste d’adjointe commerciale dans une maison d’édition
grand public, me disant ça y est, c’est idéal, c’est pour moi (littéralement le
poste que j’ai rempli pendant 3 ans chez QA), et je vous avoue avoir versé
quelques larmes en apprenant qu’on ne daignait même pas me convoquer en
entrevue. Près de deux mois que j’étais revenue à Bath et que je n’arrivais pas
à me trouver d’emploi. Je me suis même dit, même si c’était ridicule, que Bath
ne voulait plus de moi, et j’avais l’impression de toucher le fond. Puis j’ai
ramassé mes miettes de résilience éparpillées un peu partout et me suis dit que
j’allais appliquer à nouveau dans des boutiques, mais des jolies boutiques,
parce que manifestement aucune porte ne s’ouvrait à moi côté administratif.
J’ai imprimé mes cv en couleur et me suis acheté du fil et du ruban pour tenter
de me démarquer du lot. Au lendemain de ma distribution #1, me promettant de
remettre la chose tant que ça ne débloquerait pas, j’étais convoquée en
entrevue. Trois jours plus tard, j’étais embauchée. Non seulement dans la jolie
boutique dans laquelle j’avais appliqué, Pluck & Lustre (déco, bijoux,
trucs de maison, chandelles, savons, fleurs en soie…), mais aussi chez sa
petite sœur, Treaty Outlet (que bijoux). Et, et! On me demandait de donner un
coup de main à la « maison mère », la marque de bijoux, pour faire la
traduction de leur site web et aider au développement du marché français. Tsais
quand les choses se placent.
Bon, je ne fais officiellement que 3 jours par semaine pour
l’instant, mais ma première, incluant mon training, fut de 5 jours; ma
deuxième, incluant le remplacement d’une collègue, fut de 4, et il est prévu
que je fasse un brin de traduction à la pige à l’extérieur de mes heures de
boutique, sans compter que mes collègues songent à prendre des vacances
prochainement, profitant du fait que je sois disponible. Alors donc, je
continue de chercher semi-activement un 2e emploi, mais je savoure
également le fait d’avoir un peu de temps libre ET la garantie que j’aurai de
quoi payer mes prochains loyers, juste comme le beau temps pointe le bout de
son nez. Je flirte aussi avec la possibilité de faire des tours guidés pour des
groupes d’étudiants français. Ça ne serait sans doute pas avant la fin de l’été,
mais il faudrait que je commence à me préparer tranquillement en suivant moi-même
des tours et en accumulant les anecdotes. Pourquoi pas!
Bon, vous voulez savoir c’est quoi, ma grosse nouvelle,
hein? Eh bien dimanche je rencontrais ma patronne de Québec Amérique, Caroline,
à Oxford (je sais, y a pire comme lieu de rencontre!) et je lui annonçais que
je n’étais pas prête à rentrer. Petit récapitulatif : j’avais à la base
demandé un congé sabbatique d’un an, qui se serait terminé en août prochain, et
devais, au printemps, lui confirmer – ou non – mon retour. Alors voilà :
je ne rentre pas. Pas tout de suite, pas en août. Ou en fait oui, je prévois
venir vous faire un coucou à la fin de l’été, août/septembre, mais pour revenir
passer une deuxième année ici, deuxième et ultime année permise par mon visa. Il
y a un an, j’entamais résolument les préparatifs de mon grand saut dans le
vide, j’étais grisée par l’inconnu, le risque, l’aventure. Aujourd’hui, je sais
très exactement ce que je choisis : je choisis une vie bien réelle, que je
me suis reconstruite ici, je choisis une ville qui me séduit encore chaque
jour, je choisis des gens extraordinaires à qui je ne suis pas prête à dire au revoir,
je choisis un nouveau travail où j’ai des chances d’avancement, avec une petite
équipe adorable, je choisis la possibilité de faire encore quelques voyages
européens – restent entre autres l’Irlande, Prague, Vienne sur ma liste -, je
choisis de perfectionner mon anglais davantage, je choisis de vivre jusqu’au
bout ce trip incroyable. Et puis je sais que la famille, les vrais amis seront
encore là à mon retour. QA aura été le cœur de ce qui rendait ma décision
difficile, mais qui sait s’il n’y aura pas encore une petite place pour moi,
peut-être différente de celle que j’ai quittée, quand viendra le temps de
revenir?
Je vous avoue, par ailleurs, que l’hiver que vous venez de
traverser n’a rien eu pour me convaincre de rentrer, ni l’austérité qui règne
sur le Québec en ce moment. Je continue de me tenir informée, malgré la
distance, et j’ai mal à mon identité nationale. Je ne dis pas que je
m’identifie davantage à la politique british – je devrais d’ailleurs m’y
intéresser davantage, surtout que nous sommes en période électorale -, mais mon
Québec m’a déjà paru plus près de mes valeurs, plus optimiste, plus prometteur,
et il ne me tarde pas de regagner le terrain de jeux libéral que je vois d’ici.
Et puis quelques nouvelles en vrac :
La semaine dernière, il y avait une foire ambulante dans un
des parcs de Bath. J’y suis allée en début de soirée avec Holly, Colin et
quelques amis, il faisait un temps magnifique, tout doux, un peu rose. Des
montgolfières s’élevaient à proximité, les manèges me tournaient un peu la tête
et la barbe à papa goûtait les promesses de début d’été.
Je suis un peu paresseuse côté course, toutefois j’ai joué
au volleyball deux fois la semaine dernière, au parc, et je suis impatiente de
recommencer! Sinon, j’ai enfin recommencé à lire (je sais, c’en est honteux,
des mois que Sherlock Holmes m’avait découragée d’ouvrir un livre!). Je lis les
Harry Potter en anglais et c’est vraiment encourageant de lire vite à nouveau.
Je me dis que c’est assurément bon pour mon anglais. J’ai tout de même fait une
petite récolte de livres québécois lors de mon passage à la librairie du Québec
à Paris, ils attendent sagement leur tour. Car ouin! Paris! Suis allée y passer
un week-end avec Sabrina pour célébrer son anniversaire à la fin mars. Ce
n’était pas ma première visite, mais c’était la première fois de Sab, et
ironiquement je n’étais encore jamais allée au Louvre, situation à laquelle
nous avons remédié ensemble. En outre, nos trois jours furent un très beau
mélange des incontournables parisiens et de balades et découvertes hors des
sentiers touristiques. Nous sommes allées au théâtre de la Huchette voir La Cantatrice
chauve, avons bien mangé, bien bu, bien ri, bien jasé. Et avons été fort bien
accueillies par Paul, frère de mon bon ami de Bath, Benoit (j’aurai bientôt rencontré
toute sa famille!) dans son joli appartement du 10e. J’en oublie
presque le désagrément de mes deux nuits d’autobus – économie oblige!
Bon, mon café est sur le point de fermer! Je vous dis à tout
bientôt!