Alors voilà! M’y voilà! Après des mois de préparation,
d’appréhensions, d’excitation.
Première des choses, pour ceux et celles qui l’ignoreraient,
voici le projet : un an au Royaume-Uni, un mois pour y voyager et voir où
j’aimerais m’installer, un visa pour y travailler. Donc je ne sais pas encore
où – mais probablement en Angleterre – et je ne sais pas ce que j’y ferai –
mais je suis tentée de retourner en librairie, ou dans une boutique, un
fleuriste, un salon de thé, un café, etc. Quelque chose d’un peu différent de
ma vraie vie, mais qui me ressemble, et qui me fera rencontrer des gens, sentir
un peu l’âme d’une ville, et pas seulement un bureau. L’occasion ou (peut-être)
jamais de vivre une telle expérience, à l’aube de la vraie vie d’adulte qui
finira bien par me rattraper. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est le voyage ou
l’approche de mon 27e anniversaire, mais plusieurs cheveux gris se
sont passé le mot ces derniers jours pour apparaître, oh mon dieu!
Je vous écris aujourd’hui d’un petit café de Brighton, bord
de mer, deuxième arrêt de cet extraordinaire périple. Prendre l’avion, arriver
à Londres, bien sûr c’était déjà quelque chose, mais je n’avais pas encore
bougé, bougé vraiment, et là, de me mettre en mouvement, de commencer le
circuit du mois de voyage, eh bien je réalise un peu plus. Un peu, car je ne
prends pas vraiment la mesure de tout ça. J’ai le temps.
Donc. Arrivée à Londres Gatwick mardi matin 12 août. Déjà
une parenthèse : j’ai la précieuse faculté de pouvoir dormir en tout
endroit tout moment tout transport. Si cette faculté m’a un peu nui dans
certains cours de cégep et d’université (ou avait-ce à voir avec la vie sociale
qui accompagnait cette période?), je savoure pleinement cette possibilité en
voyage. Cela dit, je craignais que l’excitation et le stress de ce départ pas
comme les autres m’empêcheraient de dormir durant le trajet. Que nenni. J’ai
dormi les ¾ du vol, n’ai pas réussi à voir la fin de Saving Mr Banks et n’ai jamais eu conscience qu’on nous distribuait
le petit déj. C’est donc relativement en forme que j’ai affronté le trajet en
train puis en métro jusqu’à mon auberge de jeunesse, située à même Holland
Park, juste à l’ouest de Hyde Park et tout près de Notting Hill, pour ceux qui
auraient quelques repères londoniens.
Je vais vous épargner le détail du day by day de mes 5 jours
passés à Londres, aussi je vous livre en vrac que j’ai beaucoup beaucoup
marché, vu Big Ben, Westminster Abey, Trafalgar Square, Piccadilly Circus, le
Covent Garden, le 221B Baker Street (résidence fictive de Sherlock Holmes),
Shakespeare’s Globe; grimpé les 500 quelque marches de l’impressionnante St. Paul’s
Cathedral; traversé la Tamise en divers ponts, dont le célèbre Tower Bridge;
assisté à l’incontournable changement de la Garde à Buckingham Palace, visité
(et dormi dans) plusieurs parcs et jardins, dont Holland Park, Kyoto Garden, Kensington
Gardens, Hyde Park, St. James Park, Regent’s Park, Queen Mary’s Garden; sillonné
les quartiers de Nothing Hill (incluant Portobello’s Market), Camden Town,
Soho, Mayfair, Marylebone, Shoreditch, Hoxton…; goûté la bouffe de rue
indienne, une paela, un burger de pulled pork, un macaron Ladurée (pour
Christine), plusieurs bières, un cidre aux fraises (?)… Peut-être davantage
digne de mention : j’ai pu mettre la main sur un « day ticket »
à prix dérisoire pour le (très bon) show The
Curious Incident of the Dog in the Night-Time, tiré du roman de Mark
Haddon, en représentation au Gielgud Theatre sur Shaftesbury Ave, et j’ai
presque tout compris! Bon, j’avais lu le livre en français, mais ça remonte
quand même à quelques années.
Au fait, côté anglais, je dois dire que ça se passe encore
mieux que je l’aurais cru. À la question « Comment est ton anglais? »
qu’on me posait fréquemment avant mon départ, je répondais « fonctionnel »,
et je peux ajouter qu’il fonctionne
vraiment bien. Ça ne coule pas encore de source, et pour l’accent ce n’est pas
encore ça, mais la langue ne m’apparaît pas comme un réel obstacle. Au fond, je
retrouve simplement la langue du voyage.
Qu’est-ce que vous avez envie que je vous raconte? Comment
c’est de voyager seule? Mes rencontres? Mes impressions sur Londres, Brighton?
Ok, pas tous à la fois.
Étrangement, je ne me sens pas vraiment seule. Peut-être en
partie parce que je ne réalise pas que je suis partie pour un méchant grand
bout. Peut-être parce que je vous visite un peu chaque jour via courriels et
facebook. Parce que je pense beaucoup à vous, à nos précédents voyages, à une
boutique qui vous aurait plu, à un endroit que je vous ferai découvrir quand
vous viendrez me visiter. Et je ne me dis pas « je suis seule ». Ou
si oui, par exemple quand on me demande si je voyage « on my own »,
eh bien j’en tire une certaine fierté, je dois l’avouer. Je suis ici on my own.
Les seuls moments où vraiment j’aimerais ne pas être seule, c’est dans les
moments d’indécision, quand mes jambes sont fatiguées, quand je n’arrive pas à
choisir entre telle rue et telle autre, ce café ou ce pub (choisir le pub).
Alors j’aimerais qu’on décide pour moi, que quelqu’un prenne le relais.
J’apprends tranquillement qu’en ces moments il vaut mieux m’arrêter, tout
simplement, et attendre voir. Évidemment ça ne fait qu’une semaine que je suis
partie. Il y a beaucoup de bienfaits à tirer d’une saine solitude, et je sais
que tôt ou tard je vivrai aussi l’ennui, la nostalgie etc., mais voilà pour
l’instant.
Côté rencontres, je me suis très peu intégrée à mon hostel à
Londres. Je partais toute la journée et rentrais généralement assez tard. J’ai
toutefois rencontré une douzaine de sympathiques mécaniciens de tous les âges
au World’s End, bar où David a travaillé il y a quelques années et où il m’a
forcée à aller! (Ok, ce n’était pas réellement forçant.) Ceux-ci venaient de
villes différentes (Derby, Liverpool, Birmingham, Londres) et sortaient entre
collègues pour la première fois depuis le début de leur contrat pour le métro
de Londres, où la plupart se sont rencontrés. Ce fut ma chance de me
familiariser avec la diversité des accents British (Derby = le plus facile à
comprendre jusqu’ici; Londres = le pire) et de me faire conseiller sur les
attraits de Londres et les villes à visiter au UK.
Sinon, j’ai rencontré Lea et Marielena, deux gentilles
Allemandes, en arrivant à l’auberge de Brighton. Nous avons passé les deux
dernières soirées ensemble à pique-niquer sur la plage, à sillonner les petites
rues de North Laine et à jaser aisément de tout et de rien (bonne pratique pour
mon anglais!). En apprenant qu’elles n’avaient que dix-neuf ans, je me suis
soudain sentie bien vieille. Vieille pour les auberges de jeunesse. Dans la
chambre que nous partageons, il y a aussi Alejandro, Madrid, 20 ans, et
Alessandro (décidément!), Rome, 21 ans. Ehlala. L’ainée, je vous dis.
J’ai vraiment aimé Londres. Le vertige de la grande ville,
son charme, sa classe, ses parcs, ses quartiers disparates qui, mis tous
ensemble, fonctionnent. Créent Londres. À l’opposé, je ne saisis pas Brighton.
Peut-être parce que je n’ai pas encore vécu une vraie ville anglaise (Londres
étant Londres), je ne mets pas le doigt, dans l’atmosphère générale, sur ce qui
est attribuable à Brighton-l’Anglaise, à Brighton-la-touristique, et à Brighton-la
station balnéaire, car le bord de mer a ce petit quelque chose d’international,
qui transcende le pays où l’on se trouve. Cet air salin, ce petit air de
vacances, cette légèreté, malgré qu’il ne fasse pas bien chaud.
Les petites rues sont tout de même bien jolies, les
musiciens dans les rues, joyeux, et depuis mon arrivée il fait généralement un
soleil splendide (quoique le temps est tellement changeant!). Et que dire de
cet improbable et grandiose palais indien qui surgit de nulle part? Me reste
encore une nuit ici, puis demain je prendrai le train vers Bath, qu’on me
promet magnifique, où je passerai deux ou trois jours.
Je vous laisse ici pour ce premier billet, malgré que j’aie
déjà tout plein de notes sur des observations à vous partager! Je m’en garde
pour le prochain. À tout bientôt!
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