dimanche 26 octobre 2014

Quand la voyageuse jette l'ancre


Je pense que ça fait 5 ou 6 fois que je recommence ce billet, au cours des dernières semaines. Je ne sais pas très bien ce qui m’empêche de le terminer à chaque fois, peut-être l’impression que le récit de mon petit quotidien n’est pas assez excitant, peut-être que je suis trop paresseuse. Mais cette fois, ça y est : je vous dis tout, ou presque.

Plus d’un mois déjà que j’enfonce timidement mes racines dans le sol de Bath, tentant d’y recréer une sorte de chez-moi, une sécurité. Et vous savez quoi? Je m’en sors pas trop mal! Bien sûr, c’était l’idée : trouver un appartement, trouver un emploi, rencontrer des gens… mais de voir tout ça prendre forme, comme les panneaux d’un décor que je n’avais jusqu’ici qu’imaginé, s’élever sous mes yeux, c’est plutôt gratifiant!

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J’ai arrêté de me demander où j’étais à chaque fois que j’ouvrais les yeux le matin. Je suis chez moi. Oui, c’est ici chez moi maintenant. Avec Holly et Robin, mes deux adorables colocataires, nos bouffes communes, nos parties de Scrabble, nos soirées cinéma. Avec une laveuse, et un lave-vaisselle, et des fleurs dans des vases, et le piano. Le piano de Robin, dont je savoure chaque note, ou à peu près. Avec beaucoup de dessert (car c’était en spécial à l’épicerie), de vin, de thé sucré, beaucoup de rires et de belles discussions, beaucoup de projets de sorties, d’escapades.

J’ai arrêté de m’inquiéter de comment je pourrais payer le prochain loyer, ou celui d’après, car j’ai finalement trouvé un travail, après plusieurs semaines de recherche. Bon, pas très British comme compagnie, mais je suis vraiment en train de tomber sous le charme de L’Occitane en Provence, de ses produits, de sa mission, et de mes si gentils collègues! Passé l’angoisse du premier jour – mon dieu comment se peut-il que je sois en train de faire des hand massages à des inconnues en leur jasant en anglais? – j’ai commencé à prendre confiance et à vraiment apprécier l’expérience. Renouer avec le service à la clientèle, les emballages, les étalages, les boites à charrier, les commandes à défaire. Et avec le sourire! Mais ça me va, tout ça, vraiment. Et puis c’est un contrat jusqu’à Noël, ce qui me permettra de prendre une petite pause voyage en janvier, et puis je trouverai bien autre chose ensuite.

J’ai arrêté de m’excuser pour mon anglais. Bien sûr celui-ci n’est toujours pas parfait, mais je me dis : les gens constatent bien que j’ai un accent, ils sont bien capables de comprendre par eux-mêmes que ce n’est pas ma langue première. Et à quoi bon vouloir me protéger des erreurs que je ferai invariablement, en annonçant d’abord celles-ci? J’ai autorisé mes colocs à me corriger, et je leur pose beaucoup de questions, la plupart n’ayant pas de réponse simple. Quand utiliser begin plutôt que start? Ou respond plutôt que answer? Aussi, j’ai commencé à lire en anglais, le tout premier Sherlock Holmes, pour mon club de lecture (montréalais celui-là, auquel je tenterai d’assister via skype). Je surligne tous les mots inconnus, dont je cherche ensuite la traduction. Un bon exercice!

Et puis sinon?

Sinon, il y a ce cours de swing, que j’ai commencé à suivre tous les mardis, où je connais désormais tous les visages à défaut de tous les noms. Je fais un peu de yoga pratiquement tous les matins dans ma grande chambre lumineuse, et je vais courir 3 fois par semaine, rentabilisant enfin le fait d’avoir traîné mes souliers de course pendant presque deux mois! J’en profite pour saluer les moutons à à peine 5 minutes de chez moi (je suis à 30 minutes à pied du centre-ville de Bath).

Sinon, il y a ce charmant café que je fréquente assidument, où l’on se souvient désormais de ma commande, et tous les autres qu’avec Holly nous nous sommes donné pour mission de découvrir (avec une part de gâteau, pourquoi pas?). Il y a cette soirée d’Halloween vintage et la tenue que j’y arborerai, finalisée hier. Il y a cette coupe de cheveux qui fut une bénédiction, après des semaines à ne plus me pouvoir.

Et puis il y a ces moments. Ces moments tellement pleins, où j’ai peur de me casser de trop de bonheur. Juste de prendre conscience que je suis là, que je me suis rendue jusqu’ici, par moi-même; que la lumière est magnifique, que la ville est magnifique; que les gens sont si gentils, si souriants, si polis; que le libraire me reconnaît, ou le gars du café, croisé par hasard sur la rue : on me reconnaît sur la rue! J’appartiens, un peu, à cette ville. J’y reçois du courrier, car j’ai maintenant une adresse anglaise. Je suis en train de vivre la plus grande réalisation de ma vie jusqu’ici. Et ça me ressemble.

Ce n’est pas un hasard si je suis à Bath, si j’ai choisi Bath : vivante, mue par ses innombrables festivals, foires vintage, antiquaires, théâtres, musées, cinémas, bars sympathiques, cafés, salons de thé… Les prochaines pages de mon agenda sont de plus en plus remplies. Un ballet contemporain ce jeudi avec deux collègues, une virée à Shrewsbury le week-end prochain avec ma coloc, une journée de formation à Bristol la semaine suivante, puis Bonfire Night, Wells Carnival, Bath on ice, et dans un futur pas si lointain le marché de Noël qu’on me promet magnifique.

Je ne regrette pas une minute.

jeudi 18 septembre 2014

Tout ce qui monte doit redescendre


Des jours que je tente de vous écrire, et que l’ampleur de la tâche finit par avoir raison de moi. Petit indice qui n’en est pas un, me revoilà à Bristol, dans un café de jeux de société (!) à siroter mon latte quotidien. C’est maintenant que ça se passe, la productivité.

Alors nous remontons au vendredi 29 août. Nous (vous et moi) arrivons à la gare de Liverpool et, pour la première fois, je dois recouvrir mon sac de son imperméable personnel et le trimballer sous la pluie. Il fait peut-être 15 degrés, il pleut, et je me perds dans la ville en tentant de trouver mon hostel, chaudement recommandé par Jasmine. Oh, ai-je dit qu’il pleuvait?  Mais tout va bien, je suis contente d’être là, je ne suis pas pressée, il me tarde de découvrir cette ville mythique – enfin, mythique pour moi. Oui pour avoir vu naître les Beatles et tant d’autres bands, mais pour son aura industrielle slash portuaire slash culturelle. Honte à moi-même (ou pas), mais j’ignorais avant d’y mettre les pieds qu’elle était également archi-réputée pour son équipe de foot.

Après un petit détour involontaire-mais-qu’importe par l’université, je finis par trouver la fameuse Embassie où je reçois un accueil si chaleureux que je me sens beaucoup plus à la maison que dans une auberge de jeunesse. Il faut dire qu’après ma désagréable expérience d’hostel à Oxford, on partait de loin. Mais là, je me retrouvais dans une grande chambre au grenier avec des vrais meubles, des vraies lampes et à peine deux co-chambreuses, une vraie salle de bain, une vraie cuisine, thé-café-tartines à volonté 24h, des propriétaires disponibles et heureux de partager leur amour pour la ville. Bienvenue à Liverpool.

Ce premier soir, je me suis baladée un peu dans la ville, puis me suis enfoncée dans les profondeurs de la terre à la conquête de la fameuse Cavern, reconstitution du bar où les Beatles ont joué plus d’une centaine de fois. Jeunes et moins jeunes venus de partout dans le monde se trouvaient rassemblés dans la touffeur joyeuse de l’endroit. Je n’étais pas trop d’humeur à « me faire des amis » alors je me suis contentée d’une bière et de quelques covers, dont Here comes the sun – qui me fait encore et toujours penser à Éric -, Yesterday et Eight days a week. Il y avait quelque chose de très particulier à me trouver à cet endroit. L’impression d’être à quelque part d’important, de déterminant, même en sachant que ce n’était pas la vraie de vraie Cavern.

Au déjeuner le lendemain, j’ai fait la connaissance de Hannes et de Marie, tous deux Allemands, qui m’ont invitée à me joindre à eux pour aller sur les docks, là où se concentrent de nombreux musées importants. Cette journée où je me suis finalement fait des amis est aussi connue sous le nom de « la journée où on ne s’est finalement jamais rendus aux musées », mais ce n’était pas plus mal. Nous avons d’abord fait escale à l’impressionnante église anglicane où nous avons fait l’ascension de la tour, à 100 mètres d’altitude, et profité d’une superbe vue sur la ville. Puis Marie avait faim et finalement Hannes et moi aussi, alors nous avons bifurqué vers le quartier chinois pour y dîner; puis nous sommes passés par Bold street, rue commerçante très « cool », un peu bobo, où nous sommes entrés dans plusieurs boutiques, en alternance vraiment et faussement vintage, car Hannes se cherchait un manteau de jean. Enfin, nous nous sommes rendus sur les docks, mais là il y avait un défi Redbull de wakeboard et c’était pas pire impressionnant alors nous sommes restés là à prendre un café et à regarder la compétition. Et là il était déjà 17 heures et les musées étaient fermés, c’est ça l’histoire. Nous nous sommes tranquillement redirigés vers l’hostel, mais en chemin Marie et moi nous sommes laissées tenter par une crème glacée, puis nous avons fait la rencontre d’un musicien jouant du piano de rue, fait un petit saut au très beau Philarmonic, soi-disant le bar favori de John Lennon et Paul McCartney; puis avons fait un dernier arrêt dans une petite église dont le toit a jadis été détruit sous les bombes mais dont les murs sont demeurés intacts, et qui accueillait à ce moment une petite expo de graffitis divers autour du thème « Love » - nous l’avons donc baptisée Love Church mais il s’agit en fait de St Lukes (plate de même). Il y a aussi des tables et des bancs à l’intérieur des murs, des jeux de société et des raquettes de badminton et des volants. Alors nous avons joué au badminton dans la Love Church à Liverpool. J’ai ce soir-là réexpérimenté la vie nocturne de cette ville qui fait la fête tous les soirs, et il était particulièrement agréable de le faire avec de la compagnie!

(Rassurez-vous, je ne ferai pas 400 mots pour chaque jour.)

Jour 2, Marie travaillait à l’hostel et Hannes et moi avons convenu de nous reprendre pour les musées; il voulait voir celui de l’esclavage et moi le Museum of Liverpool Life. Je vous dis tout de suite que nous y sommes parvenus, mais il faisait un temps magnifique alors nous avons pris le temps de bien nous balader avant, et de prendre un café sur la terrasse du magnifique Carpathia avec magnifique vue sur le port. Ai-je dit magnifique? Car vraiment, ça l’était, et nous avions peine à croire qu’on nous avait laissés entrer dans cet hôtel super-chic pour accéder au secret le mieux gardé de Liverpool – oups, plus maintenant… Après les musées, re-balade dans la ville, arrêt au marché puis petite bouffe à l’hostel. Je n’avais pas réalisé, mais c’était la première fois que je cuisinais depuis mon arrivée (!) et mon portefeuille a beaucoup aimé l’idée, que j’ai reproduite à plusieurs reprises depuis. Je ne dis pas que je mangeais toujours au resto jusque-là, mais j’avais pris l’habitude d’acheter des sandwichs ou des salades dans les épiceries. Pas la grande gastronomie, je vous l’accorde.

Autre grand événement : j’ai fait une brassée de lavage! Comme à la maison, je vous dis. Cuisiner, faire du lavage… plus qu’un petit lavage à la main en tout cas. Je me sentais donc d’attaque pour la prochaine étape : York.

Mais avant, petit regard rétrospectif sur Liverpool, lovely Liverpool. Au fil de mes pérégrinations, j’en suis venue à penser qu’il y a plusieurs manières d’apprécier une ville, et peut-être que j’aurais dû avoir ceci en tête dès le début, dans ma recherche de la ville parfaite (pas parfaite) pour moi. J’ai rassemblé les critères en trois grands groupes, que voici.
1. On peut apprécier une ville pour sa beauté, son style : son architecture, ses parcs, ses jardins, ses ponts, ses édifices, ses églises…
2. On peut aussi apprécier une ville par l’expérience qu’on en fait : goûter ses spécialités, écouter ses musiciens, visiter ses musées, prendre un verre dans ses bars…
3. Et enfin, on peut apprécier une ville grâce à des circonstances qui ne lui appartiennent pas tout à fait, et qui ne seront pas nécessairement, ou nécessairement pas, réunies la prochaine fois qu’on y mettra les pieds. Hannes et Marie ne seront nécessairement plus là si je retourne à Liverpool. Il ne fera pas nécessairement aussi beau et il serait très étonnant que je rencontre à nouveau le pianiste ambulant, qu’il se tienne à nouveau une compétition de wakeboard dans le port ou que la Love Church abrite encore la Love exhibition. J’ai adoré mon séjour. Liverpool est vibrante, plurielle, fortement marquée par son histoire portuaire/industrielle, recyclée en métropole bouillonnante de culture. Lovely Liverpool. Mais je crains de trouver qu’il lui manque quelque chose si j’y remets les pieds, du moins pour l’instant. Je n’oserais la choisir pour y habiter.

Comme j’avais bien apprécié mes deux journées avec Hannes et que celui-ci n’avait pas de plans très définis pour la suite de son voyage, nous avons décidé de nous rejoindre à York.

Vient le moment où je m’en veux de n’avoir pas écrit plus que ça pendant mon séjour à York. Égarées les premières impressions, vous devrez vous satisfaire de celles que j’en garde après plusieurs semaines, et moi de même. Très belle York, ville ceinturée de murs de pierre et entourée d’eau; ville sinueuse aux vieux bâtiments très singuliers, dont les étages supérieurs débordent des étages inférieurs; ville aux mille et un musiciens de rue, aux fanions colorés partout suspendus, aux jolies boutiques et gens sympathiques. Hannes et moi avons fait un petit tour guidé, arpenté les murs de la ville, essayé plusieurs cafés, fait la sieste dans les jardins, pris un savoureux cocktail au « spot à Johnny Depp » où nous avons rencontré quelques locaux. Petits jours tranquilles.

Je dois dire ici que de partager le voyage avec quelqu’un après des semaines en solitaire m’a quelque peu confrontée à moi-même, et à l’idée que je me faisais de mon voyage. Je crois que je glorifiais le fait de voyager seule, y trouvant une certaine force de caractère. Ce n’est pas tout faux, bien sûr, mais la liberté, l’autonomie, la solitude facilitent en fait bien des choses. Jamais nos choix, nos souhaits ne doivent être proposés/approuvés par « l’autre ».  Je me suis redécouvert une certaine impatience, un certain désir de contrôle, que j’ai dû réapprendre à modérer. Réapprendre à coexister, à dire « maintenant il faut que je m’arrête, maintenant il faut que je mange quelque chose, maintenant il faut que je passe un peu de temps seule (ou je vais devenir très désagréable – euh non, pas ça) ».

Malgré les petits irritants, il est aussi très précieux d’avoir quelqu’un à qui dire « regarde comme c’est beau », à qui raconter les petites choses qui nous passent par la tête, à qui dire qu’on est triste de ne pas être présente pour cette amie qui vient d’avoir une mauvaise nouvelle, ou pour celle-là avec qui on voudrait fêter un événement heureux. Quelqu’un à qui parler de notre famille, de notre chat, de notre insécurité par rapport à cette ville où très bientôt on devra choisir d’habiter.

Et puis Hannes me forçait à faire des trucs un peu hors de ma zone de confort, comme de rentrer dans l’hôtel chic de Liverpool pour voir si on ne pouvait pas accéder à la terrasse, ou passer par ce « raccourci » incertain, aborder des gens. N’est-ce pas là un atout non négligeable chez un compagnon de voyage?

Bref, nous avons poursuivi notre route à trois (Hannes, mon sale caractère et moi) jusqu’en Écosse, pour trois jours à Édimbourg puis un jour à Glasgow, après quoi Hannes rentrait en Allemagne. Parenthèse : Hannes parle d’abord allemand, puis très bien anglais, et se débrouille en français. Pour pratiquer son français, nous avons passé les premiers jours à parler exclusivement français entre nous. Puis il est apparu que je ne pratiquais plus du tout mon anglais, alors à Edimbourg nous avons convenu de revenir à l’anglais, ce qui a duré 2 jours, après quoi Hannes me parlait français et je lui répondais en anglais. Étonnamment, tout ceci s’est fait assez naturellement!

Donc Edimbourg : quelle ville élégante! Si nous n’avons pas visité son château ($$ ou devrais-je dire ££), nous avons néanmoins bien arpenté sa vieille ville, son Royal Mile, ses jolies rues et boutiques. Un après-midi où nous avons fait chacun notre chemin, je me suis trouvée à visiter la St Giles Cathedral, qui je crois est ma nouvelle église préférée, déclassant du coup la Sagrada Familia, ce qui n’est pas peu dire. Si la SF m’a marquée par sa luminosité, je pense que St Giles m’a touchée par sa chaleur. Ses colonnes massives, son toit en ogives, ses vitraux aux couleurs chaudes, dorées, ses nombreux drapeaux, fièrement suspendus, représentant les différents grands clans écossais. Je ne suis pas vraiment croyante, mais depuis cette visite je dois avouer que je « fréquente » les églises plus assidument, y recherchant ce très grand calme, cet espace pour m’arrêter, me redéposer en moi-même, écrire. J’ai noirci de nombreuses pages dans les églises ces dernières semaines.

Ce même jour où j’ai visité St Giles, je me suis rendue sur Carlton Hill, une colline surmontant la ville, rappelant l’acropole d’Athènes et offrant une vue imprenable sur les environs : oui la ville, ses beaux toits, son château, mais aussi la mer et la campagne, vraiment pas si loin que ça. Après une journée assez grise, digne d’Édimbourg, j’ai eu droit à une très belle éclaircie et à une lumière splendide pour terminer la journée.

(C’était le 6 septembre et je n’ai pas rouvert mon parapluie depuis. Je me sais très chanceuse!)

Hannes et moi logions alors dans un hostel de qualité discutable, mais dont le principal intérêt était sans doute qu’il s’agissait d’une ancienne église – décidément! Notre dernier jour à Édimbourg, nous avons résolu d’explorer un peu ses environs avant d’aller prendre notre train pour Glasgow. Note : je suis une adepte de Lonely planet, mais je dois dire que pour les trouvailles moins touristiques/incontournables, je reste bien souvent sur ma faim. Il est vrai que pour couvrir toute la Grande-Bretagne en un seul volume, et pour que ce volume ne pèse pas des tonnes, il faut couper quelque part… Mais bref, nous avons eu la main très chanceuse ce jour-là, en tombant par hasard sur le Dean Garden, magnifique sous-bois longeant une petite rivière où se trouvait jadis un moulin, et nous faisant oublier totalement qu’on se trouvait « en ville ». Belle lumière de septembre, bruissement de rivière, nature encore très verte, très vive. Puis nous avons débouché sur un secteur plus résidentiel, où se tenait un très charmant marché du dimanche, avec producteurs locaux, bouffe de rue, musicien talentueux, familles, chiens, cupcakes, bonheur. Nous avons dîné là, pratiquement assis par terre, au milieu de ce brouhaha chaleureux, à écouter, sentir, goûter. Un moment plein.

Étonnamment, nous avons très peu senti la « vibe » pré-référendaire à Édimbourg. Quelques « Yes » dans les fenêtres, quelques macarons, quelques autocollants de « No thanks » sur les poteaux électriques, mais sans plus, si ce n’est que les journaux en faisaient grand cas, avec raison (le yes ayant finalement pris la tête dans les sondages). Une fois à Glasgow, dont la population se veut historiquement plus prolétaire, plus revendicatrice, et peut-être aussi parce que la date fatidique approchait encore plus, nous avons beaucoup plus senti une effervescence monter. Par ailleurs, nous y avons rejoint à Guillaume, ami d’amie, réalisant un documentaire sur les communautés d’immigrants et leur implication (très importante) dans la campagne du Yes. Il va sans dire que par lui j’ai beaucoup appris sur la situation et les enjeux. Ah, et j’ai eu mon macaron Yes :D

Figurez-vous qu’avant d’arriver à Glasgow, on m’avait plus d’une fois mise en garde contre cette ville, une des plus violentes au UK, au nombre record de gens poignardés! Ceci est sans doute imputable à son passé, oui, plutôt turbulent, mais je vous rassure, il fait bon vivre à Glasgow. C’est précisément l’impression que j’ai eu de la ville : une ville où l’on vit. Après nombre de belles villes aux multiples charmes et attraits touristiques, Glasgow m’a parue vivante, authentique, sans prétention, bien que belle également, à sa manière.

Glasgow : encore du beau temps, un dîner dans Kelvingrove Park avec Guillaume, son amie écossaise Carla, la fille de celle-ci, et des amies à elles – d’où l’impression d’un endroit où l’on vit, sans doute -, une brève visite à l’improbable et décousu Kelvingrove Art Gallery & Museum, deux matchs de foot plutôt qu’un - pour faire plaisir à Hannes -, un afternoon tea – pour me faire plaisir à moi -, une visite nocturne à Queen’s Park – 5 lièvres et 1 renard! -, puis les adieux à Hannes, puis du temps à moi, à ne plus trop savoir comment on le remplit.

Ne me sentant pas prête à décider de ma destination finale, et ayant envie de voir autre chose que les deux principales villes d’Écosse, je me suis laissée tenter par un petit séjour dans les Highlands, à Glencoe – tristement célèbre pour un certain massacre y ayant eu lieu, mais autrement plus célèbre par son décor magnifique au milieu de montagnes majestueuses et en bordure d’un loch dont le nom m’échappe. Je craignais un temps frais, voire froid, étant plus au nord, mais au contraire, j’ai eu droit à un temps magnifique, ensoleillé, plutôt chaud (20-22 degrés). J’aspirais à profiter de mes trois jours là pour lire et écrire, mais finalement je me suis simplement baladée dans le glen, y ai fréquenté assidument le délicieux Glencoe Café, fraternisé avec des Français, des Allemands, une Slovénienne (ça se dit?).

Puis parce que je ne pouvais plus continuer de toujours monter plus au nord, parce que la vraie vie, même si ma vie d’aujourd’hui ne me semble avoir rien en commun avec la vraie vie que j’ai laissée à Montréal; parce que travailler, tout de même, parce qu’il le faut. Parce que tout ce qui monte doit redescendre, j’ai pris cet autobus et, pour la première fois après plus d’un mois, je suis revenue sur mes pas. Suis redescendue jusqu’à Glasgow, où j’ai passé une petite poignée d’heures (et ai eu la grande chance de me fondre dans une manifestation du Yes, ô combien grisante et un peu émouvante pour la petite Québécoise que je suis), ai pris un autre interminable autobus jusqu’à Manchester, où j’ai fait halte le temps de deux nuits; où j’ai fait la charmante rencontre de Cornelia – Allemande elle aussi, étudiante en littérature anglaise elle aussi; il me semble rencontrer quelques patterns sur ma route!); où j’ai fait la moins charmante rencontre d’un gars de Toronto à qui j’ai tenté d’expliquer que je n’avais pas l’impression d’appartenir au même pays que lui; où j’ai visité l’impressionnante John Rylands Library – un réel temple du livre!; où j’ai fait l’agréable découverte d’une ville envers laquelle je n’avais aucune attente, que je n’avais choisi de visiter que parce qu’elle coupait ma route en deux parties plus ou moins congrues, et que bon, Manchester est tout de même la deuxième ville d’importance en Angleterre. Puis suis encore redescendue, encore dans un interminable autobus, cette fois jusqu’à Bristol, pour quelques jours, le temps de mettre en fonction mon téléphone, de visiter une gallerie d’art, de rencontrer quelques connaissances, car figurez-vous que j’ai maintenant quelques connaissances ici!

Et puis, et puis : je pars cet après-midi pour Bath, que j’ai finalement élue « ville où je déposerai mes sacs et tenterai de reconstruire un petit quotidien ». Je ne dirai pas « tout bien pesé », car à un certain moment j’ai arrêté de réfléchir à tous ces pour et ces contre, et j’ai simplement opté pour cette ville pour laquelle j’avais eu un coup de cœur, où je m’étais sentie bien dès que j’y avais mis les pieds, pour les nombreux cafés et boutiques où j’envisage déjà d’aller porter mon CV, pour son aura mythique et littéraire, pour les scones du tea room du Centre Jane Austen – les meilleurs que j’aie goûtés -, pour l’Avon, pour l’architecture magnifique, et pour tout ce qu’il me reste à découvrir de cette ville pas si grosse que ça, mais qui je pense me conviendra.

vendredi 29 août 2014

Je suis une voyageuse. Et voici les mots.



Malgré que l’écriture ait taillé sa place dans mon quotidien depuis le début de l’aventure – quelques lignes, quelques pages chaque jour, dans mon précieux carnet où je m’amuse à coller billets de train, de visites, fleurs séchées et divers fragments du voyage -, il me semble déjà devoir faire un suprême effort de synthèse pour vous écrire ici.

Je suis une vraie voyageuse cette fois, beaucoup plus que lors de mon dernier billet, écrit à Brighton, où je n’avais alors que trimballé mon gros sac du point A. Londres au point B. Brighton. Alors aujourd’hui,  vous en aurez pour votre argent, je vous raconte C. Bath; D. Wells; E. Bristol; F. Oxford. Et en prime, je vous écris en direct d’un train en marche vers Liverpool, via Birmingham. Si c’est pas beau l’aventure.

Mais avant tout, j’ai envie de vous partager un sentiment qui m’a envahie il y a de cela deux matins, alors que je quittais mon hostel de Bristol. J’y reviendrai bien sûr, mais je vous dis déjà que mon expérience de Bristol a été très inégale, et que 4 jours, presque 5, c’était peut-être beaucoup de jours à y passer, pour cette fois. Alors ce matin-là, mercredi, je devais libérer la chambre à 11h, suite à quoi j’ai laissé mon sac à la réception pour me promener plus librement dans la ville. J’ai mis les pieds dehors, et j’ai pensé, spontanément, « Maître ». Qui joue aux cartes? Je ne sais pas si cette habitude est vraiment répandue, mais au tarot, très populaire auprès d’un certain groupe de mes amis, il y a cette petite manie de se prononcer « maître » au cours d’une main.  Ironiquement, ceci est généralement dit à la blague, quand une petite carte a suffi à nous placer en avance par rapport aux quelques autres qui ont joué avant nous, et il est à parier que notre carte sera battue incessamment. Mais c’était un peu cela, ce moment à Bristol, un petit moment, qui peut-être serait bientôt battu, mais qui là, maintenant, suffisait à me faire sentir maître. De quoi? De la journée? Du voyage, de ma vie peut-être? De la suite, assurément. J’étais maître de la suite, enchantée de me remettre en mouvement, et confiante. Voilà. Maître de petits moments du grand voyage.

Donc, Bath! J’ai eu un beau coup de cœur pour cette ville fortement marquée par l’Histoire, très soignée, à l’architecture superbe. Les Romains avaient érigé un temple autour de la source « divine » d’eau chaude surgissant de la terre, et avaient fait de la ville une destination très prisée pour ses bains – on partait de très loin pour venir la visiter, et prier la déesse Sulis-Minerva. Les années ont passé, les Romains ont abandonné le temple, mais Bath est demeurée très célèbre pour les vertus curatives de ses eaux. Encore aujourd’hui, il est possible de profiter des thermes, en tout cas si on en a les moyens! Pour ma part, je me suis contentée de visiter les ruines romaines, où j’ai malgré tout trouvé mon compte.

Outre une délicieuse visite guidée avec Bob, j’ai aussi pris le thé au Centre Jane Austen (qui a entre autres rédigé Persuasion à Bath), pratiquement en tête à tête avec Mr Darcy, ouep! De Bath, où j’ai prolongé mon séjour d’une nuit expressément pour cette petite expédition, j’ai pris le bus local – magnifique trajet bucolique – pour Wells, toute petite ville reconnue pour sa grandiose cathédrale et le très beau Bishop’s Palace (et ses jardins!) l’avoisinant. Mais le principal intérêt, pour moi, résidait dans une sorte de petit pèlerinage dans la ville où mon amie Angela a séjourné pendant quelque 9 mois l’année dernière. Ayant pu échanger quelques messages avec elle pendant que j’étais à Wells, j’ignore pour laquelle de nous deux c’était le plus étrange de vivre l’inversion des rôles.

Après Londres, Brighton et Bath, toutes touristiques à divers degrés, il m’a semblé enfin toucher, ou sentir, ou frôler, l’authentique Angleterre. Et puis, si c’est pas beau la vie, je m’y suis sentie très bien.

Vient ensuite Bristol. Je vous explique ce qui a motivé mon choix d’y rester 4 nuits. À l’origine, j’en prévoyais 3, car j’avais entendu beaucoup de bien de Bristol : culturelle, hétéroclite, vivante, et j’envisageais déjà cette ville comme un potentiel endroit où m’installer pour l’année. En réservant mon hostel, surprise : la quatrième nuit était gratuite. C’est tout. On le sait, j’ai tout le temps devant moi, ou à peu près, alors je n’allais simplement pas cracher sur l’offre. Mais cette latitude que j’avais à Bristol, en partie attribuable à cette fatidique 4e journée, m’a quelque peu rendue paresseuse. Je me disais j’ai le temps, j’irai visiter demain, aujourd’hui je vais simplement rester dans ce quartier et faire la sieste dans un parc.

Note : le samedi de mon arrivée était mon anniversaire. Résolue à ne pas passer ma soirée toute seule, je suis entrée dans un pub, ai commandé une bière, fait le tour du bar, et me suis invitée à une table de gars qui me semblaient sympathiques. Eh oui, j’ai fait ça, moi. Ça me surprend aussi, et puis non. Le voyage sera pénible si je le passe dans mon coin. Bref, j’ai très bien célébré mon anniversaire disons, et le lendemain était incidemment une journée de sieste dans un parc. Et de « cup of tea and a bacon sandwich » prononcé avec mon meilleur accent british qu’on m’avait fait pratiquer la veille. Meilleur remède pour les lendemains de veille, semble-t-il.

Ce qui a aussi joué contre Bristol, c’est le lundi. Si à la base les lundis sont déprimants dans la vie, je pense qu’ils le sont encore plus en Angleterre; beaucoup d’endroits sont fermés, il y a peu de choses à faire. Mais en plus plus plus, il pleuvait et il faisait froid! Oui, froid! Depuis, il s’est remis à faire plus doux, près de 20 degrés, mais j’ai vécu plusieurs journées froides la semaine dernière, me faisant rêver d’un appartement à moi et d’un bain moussant. Mais j’étais condamnée (!) à errer dans la ville, sous la pluie froide de ce lundi gris déprimant. Qui plus est, j’explorais un quartier qui ne m’a pas trop plu, peut-être parce que c’était un mauvais jour, qui sait. Je me disais : vraiment, je voudrais vivre ici? Ce n’est pas franchement beau, et franchement pas agréable pour le moment.

Mais, mais. J’ai à la fois beaucoup aimé Bristol. Pas un coup de cœur instantané, comme vous êtes à même de le constater, mais un potentiel bouillonnant d’activité, de promenades, de boutiques, de cafés, et, j’ose dire, de beaux garçons. Quoi, ça compte, non?

Je vous mentionne ma visite très intéressante du SS Great Britain, navire aux nombreuses vies qui a entre autres mené des milliers de colons Anglais en Australie lors de la ruée vers l’or, et désormais préservé en cale sèche pour empêcher sa détérioration; Harbourside Walk, une longue et belle promenade sur le bord du canal, où des bateaux de toutes les couleurs sont amarrés; Clifton village, vraiment charmant, où l’on trouve l’impressionnant pont suspendu du même nom – que je n’ai osé traverser -, Tobacco factory, un café/pub/théâtre où je me promets de retourner, le street art (Banksy entre autres!), les Christmas steps, quelques volées de marches à flanc de colline où les vieilles maisons, de part et d’autre des escaliers, ont un petit quelque chose de vieillot/magique (Noël? Je n’ai pas su le lien. Toutefois il y a aussi un marché de Saint-Nicholas, je soupçonne une trame historique.) Aussi quelques musées d’art contemporain qu’il me faudra visiter à mon retour – car à ce jour, Bristol me semble en effet la meilleure candidate à une installation, disons, « semi-permanente ». J’ai par ailleurs appliqué pour un petit poste, mais je n’ose trop vous en dire à ce sujet d’ici à ce que j’en aie des nouvelles.

Ce qui nous mène à ce fameux mercredi matin « maître », cette dernière balade dans Bristol par un chemin maintes fois emprunté mais tout à coup beaucoup plus animé et chargé d’un petit quelque chose de bien prometteur. En me prenant cette fois un peu d’avance pour réserver la suite (rester 4 jours à un même endroit a ses bons côtés), j’avais déniché un très bon prix pour un trajet d’autobus vers Oxford, qui ironiquement repassait par Bath (ce qui ne m’apparaissait pas comme le chemin le plus direct, mais ce n’était pas désagréable de repasser dans un endroit connu, de reconnaître des rues, des bâtiments). Arrivée à Oxford passé 20 heures, je ne me suis pas aventurée bien loin de mon hostel pour dénicher un petit quelque chose à manger, et la découverte de la ville a dû attendre au lendemain.

Ça, c’était hier, et ALLO OXFORD que tu es majestueuse, et magique, et que tu m’as fait une forte impression. Pour diverses raisons logistiques, et peut-être aussi qu’il n’est pas plus mal de rester sur ma faim pour quelques villes, je ne passais à Oxford qu’une journée complète (2 nuits) mais j’ai eu la chance d’avoir une température franchement favorable, douce et lumineuse. Je croyais jusqu’alors que la célèbre université se concentrait en un campus peut-être un peu isolé du reste de la ville, mais non, la ville elle-même est le campus, avec ici et là collèges, chapelles et bibliothèques se surpassant les uns les autres.

Je rencontrais en début d’après-midi Rebekkah, jeune Anglaise d’Oxford tellement gentille rencontrée à Bath, pour prendre un café. Rédactrice en chef du journal étudiant de l’université de Surrey, finissante en littérature anglaise, vous devinerez que nous avions quelques intérêts en commun. Je dois dire que d’avoir rendez-vous avec quelqu’un, après des semaines de solitude ou de rencontres plus ou moins forcées, était vraiment réconfortant. C’est drôle, on ne réalise pas, ou on ne se le formule pas ainsi, mais le rendez-vous est la base de notre vie sociale. C’est devenu tellement normal de se rejoindre les uns les autres, qu’on en perd peut-être la préciosité. En tout cas je peux vous dire : rejoindre Rebekkah, c’était comme rejoindre une amie, et ça m’a fait grand bien. Nous nous sommes promis de garder contact, j’espère que nos vies et nos volontés respectives le permettront.

J’ai ensuite fait un petit tour guidé qui, malgré que ça me semble toujours un brin ridicule vu de l’extérieur et malgré que je m’impatiente toujours contre les gens qui trainent de la patte, m’apparaît encore comme la meilleure façon de connaître une ville où l’on passe peu de temps. Sillonner le décor qui a accueilli nombre d’intellectuels, de premiers ministres, et par-dessus tout, en ce qui me concerne, de figures littéraires comme Lewis Caroll, C.S. Lewis et Tolkien, c’est quand même quelque chose. Je ne passerai pas sous silence que de voir quelques lieux de tournage de Harry Potter ne m’a pas non plus laissée de marbre ;)

Un peu plus tard, attablée dans un café, à prendre mon afternoon tea au bord d’une fenêtre donnant sur Christ Church, l’un des plus célèbres collèges d’Oxford, je me suis dit : je n’ai personne à envier. Vous savez, ce genre de moment « plein », autosuffisant? Je pense que je partais en voyage en quête de ces moments, et je pense qu’il faut bien prendre le temps de les mesurer, les soupeser, prendre conscience de leur poids, pendant qu’ils passent. Vous en parler prolonge en tout cas celui-ci.

Quelques mots sur cette dernière auberge de jeunesse que j’ai quittée ce matin. Ma chambre : 12 lits, tous occupés, 3 filles et 9 garçons, une odeur perpétuelle de petits pieds, ou parfois de parfum très fort – je ne saurais choisir le moindre mal -, s’endormir au son du boom-boom du club d’à côté, se réveiller au son du marteau-piqueur, les drains de douche qui ne fournissent pas, les lavabos insuffisants… Bref, voyez que je ne suis pas à envier sur tous les tableaux.

Je vous laisse enfin sur quelques impressions. Je dois me plonger dans mon guide avant d’arriver à Liverpool, question de prévoir un peu les prochains jours. Ensuite? York? L’Écosse? Retourner à Bristol? La suite nous le dira!

En vrac :
Je pourrais prendre un cream tea chaque jour (théière + scone(s) accompagné(s) de confiture de petits fruits et d’une crème s’apparentant au beurre, riche et onctueuse).
J’aime que les Anglais disent couramment « lovely ».
Je ne cesse de m’étonner d’entendre des employés de la voirie parler avec l’accent British.

mardi 19 août 2014

Une année au UK: c'est parti!

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Alors voilà! M’y voilà! Après des mois de préparation, d’appréhensions, d’excitation.

Première des choses, pour ceux et celles qui l’ignoreraient, voici le projet : un an au Royaume-Uni, un mois pour y voyager et voir où j’aimerais m’installer, un visa pour y travailler. Donc je ne sais pas encore où – mais probablement en Angleterre – et je ne sais pas ce que j’y ferai – mais je suis tentée de retourner en librairie, ou dans une boutique, un fleuriste, un salon de thé, un café, etc. Quelque chose d’un peu différent de ma vraie vie, mais qui me ressemble, et qui me fera rencontrer des gens, sentir un peu l’âme d’une ville, et pas seulement un bureau. L’occasion ou (peut-être) jamais de vivre une telle expérience, à l’aube de la vraie vie d’adulte qui finira bien par me rattraper. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est le voyage ou l’approche de mon 27e anniversaire, mais plusieurs cheveux gris se sont passé le mot ces derniers jours pour apparaître, oh mon dieu!

Je vous écris aujourd’hui d’un petit café de Brighton, bord de mer, deuxième arrêt de cet extraordinaire périple. Prendre l’avion, arriver à Londres, bien sûr c’était déjà quelque chose, mais je n’avais pas encore bougé, bougé vraiment, et là, de me mettre en mouvement, de commencer le circuit du mois de voyage, eh bien je réalise un peu plus. Un peu, car je ne prends pas vraiment la mesure de tout ça. J’ai le temps.

Donc. Arrivée à Londres Gatwick mardi matin 12 août. Déjà une parenthèse : j’ai la précieuse faculté de pouvoir dormir en tout endroit tout moment tout transport. Si cette faculté m’a un peu nui dans certains cours de cégep et d’université (ou avait-ce à voir avec la vie sociale qui accompagnait cette période?), je savoure pleinement cette possibilité en voyage. Cela dit, je craignais que l’excitation et le stress de ce départ pas comme les autres m’empêcheraient de dormir durant le trajet. Que nenni. J’ai dormi les ¾ du vol, n’ai pas réussi à voir la fin de Saving Mr Banks et n’ai jamais eu conscience qu’on nous distribuait le petit déj. C’est donc relativement en forme que j’ai affronté le trajet en train puis en métro jusqu’à mon auberge de jeunesse, située à même Holland Park, juste à l’ouest de Hyde Park et tout près de Notting Hill, pour ceux qui auraient quelques repères londoniens.

Je vais vous épargner le détail du day by day de mes 5 jours passés à Londres, aussi je vous livre en vrac que j’ai beaucoup beaucoup marché, vu Big Ben, Westminster Abey, Trafalgar Square, Piccadilly Circus, le Covent Garden, le 221B Baker Street (résidence fictive de Sherlock Holmes), Shakespeare’s Globe; grimpé les 500 quelque marches de l’impressionnante St. Paul’s Cathedral; traversé la Tamise en divers ponts, dont le célèbre Tower Bridge; assisté à l’incontournable changement de la Garde à Buckingham Palace, visité (et dormi dans) plusieurs parcs et jardins, dont Holland Park, Kyoto Garden, Kensington Gardens, Hyde Park, St. James Park, Regent’s Park, Queen Mary’s Garden; sillonné les quartiers de Nothing Hill (incluant Portobello’s Market), Camden Town, Soho, Mayfair, Marylebone, Shoreditch, Hoxton…; goûté la bouffe de rue indienne, une paela, un burger de pulled pork, un macaron Ladurée (pour Christine), plusieurs bières, un cidre aux fraises (?)… Peut-être davantage digne de mention : j’ai pu mettre la main sur un « day ticket » à prix dérisoire pour le (très bon) show The Curious Incident of the Dog in the Night-Time, tiré du roman de Mark Haddon, en représentation au Gielgud Theatre sur Shaftesbury Ave, et j’ai presque tout compris! Bon, j’avais lu le livre en français, mais ça remonte quand même à quelques années.

Au fait, côté anglais, je dois dire que ça se passe encore mieux que je l’aurais cru. À la question « Comment est ton anglais? » qu’on me posait fréquemment avant mon départ, je répondais « fonctionnel », et je peux ajouter qu’il fonctionne vraiment bien. Ça ne coule pas encore de source, et pour l’accent ce n’est pas encore ça, mais la langue ne m’apparaît pas comme un réel obstacle. Au fond, je retrouve simplement la langue du voyage.

Qu’est-ce que vous avez envie que je vous raconte? Comment c’est de voyager seule? Mes rencontres? Mes impressions sur Londres, Brighton? Ok, pas tous à la fois.

Étrangement, je ne me sens pas vraiment seule. Peut-être en partie parce que je ne réalise pas que je suis partie pour un méchant grand bout. Peut-être parce que je vous visite un peu chaque jour via courriels et facebook. Parce que je pense beaucoup à vous, à nos précédents voyages, à une boutique qui vous aurait plu, à un endroit que je vous ferai découvrir quand vous viendrez me visiter. Et je ne me dis pas « je suis seule ». Ou si oui, par exemple quand on me demande si je voyage « on my own », eh bien j’en tire une certaine fierté, je dois l’avouer. Je suis ici on my own. Les seuls moments où vraiment j’aimerais ne pas être seule, c’est dans les moments d’indécision, quand mes jambes sont fatiguées, quand je n’arrive pas à choisir entre telle rue et telle autre, ce café ou ce pub (choisir le pub). Alors j’aimerais qu’on décide pour moi, que quelqu’un prenne le relais. J’apprends tranquillement qu’en ces moments il vaut mieux m’arrêter, tout simplement, et attendre voir. Évidemment ça ne fait qu’une semaine que je suis partie. Il y a beaucoup de bienfaits à tirer d’une saine solitude, et je sais que tôt ou tard je vivrai aussi l’ennui, la nostalgie etc., mais voilà pour l’instant.

Côté rencontres, je me suis très peu intégrée à mon hostel à Londres. Je partais toute la journée et rentrais généralement assez tard. J’ai toutefois rencontré une douzaine de sympathiques mécaniciens de tous les âges au World’s End, bar où David a travaillé il y a quelques années et où il m’a forcée à aller! (Ok, ce n’était pas réellement forçant.) Ceux-ci venaient de villes différentes (Derby, Liverpool, Birmingham, Londres) et sortaient entre collègues pour la première fois depuis le début de leur contrat pour le métro de Londres, où la plupart se sont rencontrés. Ce fut ma chance de me familiariser avec la diversité des accents British (Derby = le plus facile à comprendre jusqu’ici; Londres = le pire) et de me faire conseiller sur les attraits de Londres et les villes à visiter au UK.

Sinon, j’ai rencontré Lea et Marielena, deux gentilles Allemandes, en arrivant à l’auberge de Brighton. Nous avons passé les deux dernières soirées ensemble à pique-niquer sur la plage, à sillonner les petites rues de North Laine et à jaser aisément de tout et de rien (bonne pratique pour mon anglais!). En apprenant qu’elles n’avaient que dix-neuf ans, je me suis soudain sentie bien vieille. Vieille pour les auberges de jeunesse. Dans la chambre que nous partageons, il y a aussi Alejandro, Madrid, 20 ans, et Alessandro (décidément!), Rome, 21 ans. Ehlala. L’ainée, je vous dis.

J’ai vraiment aimé Londres. Le vertige de la grande ville, son charme, sa classe, ses parcs, ses quartiers disparates qui, mis tous ensemble, fonctionnent. Créent Londres. À l’opposé, je ne saisis pas Brighton. Peut-être parce que je n’ai pas encore vécu une vraie ville anglaise (Londres étant Londres), je ne mets pas le doigt, dans l’atmosphère générale, sur ce qui est attribuable à Brighton-l’Anglaise, à Brighton-la-touristique, et à Brighton-la station balnéaire, car le bord de mer a ce petit quelque chose d’international, qui transcende le pays où l’on se trouve. Cet air salin, ce petit air de vacances, cette légèreté, malgré qu’il ne fasse pas bien chaud.

Les petites rues sont tout de même bien jolies, les musiciens dans les rues, joyeux, et depuis mon arrivée il fait généralement un soleil splendide (quoique le temps est tellement changeant!). Et que dire de cet improbable et grandiose palais indien qui surgit de nulle part? Me reste encore une nuit ici, puis demain je prendrai le train vers Bath, qu’on me promet magnifique, où je passerai deux ou trois jours.

Je vous laisse ici pour ce premier billet, malgré que j’aie déjà tout plein de notes sur des observations à vous partager! Je m’en garde pour le prochain. À tout bientôt!