Improbable = qui a plus de chances de ne pas se produire que
de se produire.
Les chances étaient minces, avant toute autre improbabilité,
que j’entreprenne un tel voyage avec mon père. Vous en connaissez beaucoup, des
filles de 26 ans qui partent comme ça avec leur paternel? À l’origine, quand le
goût du voyage a commencé à me démanger au printemps, soit 2 ans après mon plus
récent grand voyage, j’aurais bien sûr aimé partir avec Dom, mais ses finances
d’étudiant à la maîtrise et son nouvel emploi ne lui permettaient pas beaucoup
plus qu’un petit week-end en dehors de la ville. Or j’avais cette envie de
grandeur, pas tout à fait raisonnable, mais pas vraiment tuable non plus. Je me
suis tournée vers mon amie Roxane, avec qui j’étais allée passer une petite semaine
dans le sud l’été dernier, mais pour diverses raisons nous avons aussi dû remiser
notre projet cinque terresque. Alors j’ai passé en revue mes amis facebook à la
recherche d’un(e) potentiel(le) partenaire de voyage, et j’ai fini par
envisager de partir avec mon père, qui rêvait vaguement d’une aventure
européenne depuis quelque temps. Pourquoi pas! Je ne vous cache pas que ses
contacts viticoles en tant que directeur de SAQ ont joué en sa faveur, et que
je suis heureuse et reconnaissante d’en bénéficier ces derniers jours. Je vous
raconte.
Retour à dimanche. Arrivée à Florence à midi tel que prévu, sous un ciel
nuageux mais tout de même clément, je me suis rendue sans trop d’embûches au
petit hôtel réservé par mon père, où j’ai pu déposer ma valise. S’est ensuivie
une petite balade dans la ville, pèlerinage en lieux déjà arpentés, quelque
deux ans auparavant. C’était assez étrange, cette pseudo-familiarité avec la
ville, étrange d’y être cette fois sans Dom, et aussi un peu sans moi, dans cet
état d’absence qui caractérisait mon voyage jusque-là.
En fin de journée, le ciel s’est finalement couvert – et les
vendeurs de rue métamorphosés en porte-parapluies ambulants – et je me suis
dirigée vers la gare, à l’heure où j’estimais que mon père arriverait de Rome.
J’ai vu passer les passagers d’un train, puis d’un deuxième, troisième,
quatrième (tous séparés de +/- 30 minutes), après quoi je me suis dit que je
l’avais peut-être manqué et qu’il m’attendait déjà à l’hôtel, selon le plan
établi. Je pensais avoir échappé au plus gros de l’averse en entreprenant la
demi-heure de marche nécessaire pour rejoindre l’hôtel, mais non. Déjà enrhumée
que j’étais, je suis arrivée à destination trempée des pieds aux genoux,
fatiguée et transie. Mon père n’était pas arrivé, je me suis autorisé une
petite sieste en l’attendant. Mais à mon réveil, autour de 20h, il n’était
toujours pas arrivé, alors que son vol devait atterrir vers midi (!). Après
m’être inquiétée un peu plus sérieusement, j’ai enfin eu la bonne idée d’aller consulter
le site Internet de l’aéroport de Rome, qui annonçait effectivement un retard
de 3 heures. Ipso facto, mon père est arrivé moins de 20 minutes plus tard,
dans une forme étonnante nous permettant de sortir souper puis visiter un peu
Florence by night.
Dans sa valise, mon père apportait (ou plutôt n’apportait
pas) deux surprises de taille. D’abord, s’était-il fait volé ou avait-il perdu,
du moins ne les avait-il pas avec lui, sa caméra et son GPS (!!!). Ensuite, un
message de Gilles nous apprit que le permis de conduire international de mon
père était resté… sur la table de la cuisine. Merveilleux. J’aimerais insister
ici sur le fait que notre voyage s’appuyait en grande partie sur la location de
non pas une mais bien deux voitures (en Italie puis en France), pour réaliser
plusieurs circuits impossibles à faire en train ou en transport en commun.
Lundi. Nous avons refait un petit tour du centre de
Florence, cette fois à la belle lumière du jour, puis nous sommes rendus au
bureau de location de voitures. Une bonne nouvelle : aucun problème de
location avec le permis québécois de mon père (au moins avait-il celui-là en sa
possession). Une moins bonne nouvelle : la compagnie ne louait pas de GPS,
solution de rechange que nous avions convenu d’adopter. Nous avons donc pris
possession de notre fiat 500 blanche 2 portes au cœur de Florence, armés
seulement d’une carte de l’Italie entière, soit très peu précise, et d’une page
de notre guide de la Toscane. Eh bien figurez-vous que je fais une copilote pas
pire pantoute, et que l’instinct du touriste fait le reste. À l’ancienne quoi!
Un petit mot tout de même concernant les aptitudes de conduite manuelle de mon
père remontant à… plusieurs années. Pas toujours facile ;)
Nous avons rejoint le premier vignoble de notre circuit, la
Fattoria Vitticio, en début d’après-midi. Léger obstacle : la confirmation
de mon père pour les deux nuits que nous allions y passer n’avait pas tout à
fait été envoyée à la bonne personne, nous n’étions donc pas attendus. Par chance
la chambre était libre, nous avons donc pu nous y installer sans problème, mais ouf! La chambre était
belle et propre, l’accueil sympathique et le décor, au cœur des vignes :
wow. (Ceux qui me lisaient lors de mes précédentes aventures savent que j’ai
une dent contre la fausse publicité des cartes postales; sachez qu’il n’en est
rien concernant la Toscane : c’est vraiment aussi beau que les cartes
postales nous le laissent présager!)
Nous avons déposé nos valises à notre chambre et sommes
allés explorer Greve in Chianti, village situé, comme son nom l’indique, dans
la très belle région de Chianti (à à peine 5 minutes du vignoble) où nous avons
d’ailleurs soupé (spaghetti réinventé pour mon père, risotto au vin rouge,
parmesan et noisettes pour moi).
Mardi, quel réveil au sein d’un tel paysage! Après un petit
déjeuner gracieusement offert par nos hôtes, nous avons pris la voiture en
direction d’un petit village nous promettant un panorama incroyable après une
courte montée sportive. Eh bien nous avons trouvé le village, mais n’avons
jamais trouvé le sentier auquel le guide faisait référence. Nous avons tout de même
marché un peu sur la route en quête de ce fameux panorama, ou de son ombre, et
un peu aussi pour nous convaincre que nous avions fait un peu d’exercice.
En milieu d’après-midi, nous avons eu droit à une visite
guidée du vignoble avec Beatrice, dont le grand-père a acheté la terre dans les
années 60. Son nom « fattoria » (ferme) était alors attribuable à
sa vocation alors bien différente d’aujourd’hui, malgré que la propriété
comptait déjà une petite production vinicole. Plus tard, nous avons eu le très
bel honneur de nous voir conviés à la tablée familiale en compagnie de
Beatrice, de son père, sa belle-mère, ainsi que de Tim et Mary, propriétaires
d’un bar à vin dans l’Illinois. La bonne chère, la bonne compagnie, et
évidemment le bon vin nous laissent un souvenir très précieux de cette soirée.
Mercredi matin, nous avons dû plier bagage après une
incontournable petite provision de vin. Nous avons pris la route du vignoble
Castello di Monsanto (qui n’a rien à voir avec le géant chimique) à proximité
du village de Poggibonsi, toujours dans la région de Chianti. Nous avons
rapidement déposé nos valises dans cet étonnant… appelons-le
« gîte » : ancienne école adjacente au château, au cœur de
jardins fleuris, bâtiments impressionnants, sculptures de collection, cyprès,
et bien sûr vignes, vignes, vignes à
perte de vue, puis nous sommes allés passer l’après-midi/début de soirée
à Sienne, que je n’avais jamais foulée, et qui se distingue grandement de
toutes les autres villes italiennes que j’ai eu la chance de visiter jusqu’ici,
ne serait-ce que par sa topographie en colline, positionnant sur un
piédestal naturel le plus précieux de sa vieille ville : sa piazza del Campo,
sa cathédrale inachevée, ainsi que nombre de charmantes rues et ruelles
serpentantes. Mais quelle histoire de trouver un stationnement dans ce
labyrinthe fortifié!
Nous savions que nous partagerions la maison avec un couple
de Québécois ce soir-là, mais nous n’avions pas idée que nous passerions une si
agréable soirée avec Maxim, sommelier dans un resto du Vieux-Montréal que je ne
manquerai pas de visiter à mon retour, et Caroline (salutations!). Ceux-ci avaient
prolongé d’une nuit leur séjour à Monsanto, ce qui expliquait que nos séjours
se chevauchaient, et qui n’était pas prévu initialement, d’où l’idée d’une improbable rencontre. Nous avons partagé
du bon vin jusqu’à 2 heures du matin, au fil de discussions drôles puis
sérieuses puis légères puis instructives puis, puis, puis…
...le réveil de jeudi matin fut quelque peu difficile, mais le décor
idyllique, puis la visite grandiose du vignoble avec Veronica (j’en connais
maintenant un petit rayon sur le Chianti Classico), suivie encore une fois
d’une dégustation de très bons produits me remit d’aplomb assez rapidement.
Nous avons dû quitter Monsanto malheureusement aussitôt après la dégustation
pour nous rendre - je sais oui, je suis vraiment à plaindre – à UNE AUTRE
dégustation de vins, cette fois au vignoble Caparzo, un peu au sud de Chianti, dans la région de
Montalcino. Tenez-vous bien (je l’ai fait à ce moment), nous avons dégusté pas
moins de 9 produits! Vous vous direz peut-être que passé 3 ou 4 vins on ne goûte
plus grand-chose, mais je vous assure que oui, car nous étions très sages dans
nos quantités, en tout cas pour la plupart des vins, et parce que la gradation des
produits dégustés permettait des comparaisons très appréciables. Nouvelle
improbabilité : nous avons rencontré à cet endroit de fort sympathiques
compatriotes de Labelle et de Mont-Tremblant, tiens donc, grand petit monde.
Nous avons passé la nuit dans un petit appartement
d’agritourisme affilié à Caparzo, au presque sommet d’une belle montagne,
vignes à perte de vue, again. Nous sommes allés faire quelques courses à Montalcino,
où nous avons été servis par une authentique mama italienne ne parlant ni
français ni anglais, mais qui parvint à force de signes à nous vendre son
meilleur parmesan frais (oh que miam), avec quelques autres fromage, pain, saucisson toscan,
dont nous nous sommes ensuite régalés à l’appartement.
Vendredi. Après nous être embarrés dehors à l’appartement de
Caparzo, et avoir dû attendre qu’une gentille employée du vignoble vienne nous
ouvrir, nous avons pris la route jusqu’à Pise, où il fut assez ardu de trouver
le chemin de notre auberge. Quand j’étais venue avec Dom il y a deux ans, j’y
avais connu ma meilleure expérience d’auberge de jeunesse, et j’avais la
crainte d’entacher ce beau souvenir avec une moins bonne expérience cette fois.
Pourtant non, notre hôte Francesco nous réservait un accueil des plus
chaleureux, dans un grand logement recyclé en pension de 6 chambres. J’ai
néanmoins vécu un accablant sentiment de nostalgie par rapport à ma dernière
visite, à travers rues et souvenirs. Voilà qui fait partie de l’aventure, on ne
croise pas seulement des vieilles briques sur un tel chemin. Je m’épargne d’ailleurs
le récit de cette journée, dont je désire conserver intact le premier souvenir.
Aujourd’hui, jour de tous les obstacles! Lever tôt à Pise,
sortie de ville laborieuse, grande distance sur l’autoroute, difficulté à
trouver l’endroit où remettre la voiture louée à Alassio, crainte de devoir
payer un jour supplémentaire pour avoir dépassé de 15 minutes l’heure de remise
réglementaire (heureusement non), marche avec valises jusqu’à la gare, 2 trains
jusqu’à Menton (France), re-difficulté à trouver l’endroit où louer la nouvelle
voiture, pas de GPS dans la nouvelle voiture non plus, pas envie de payer le
supplément, re-autoroute cette fois jusqu’à – êtes-vous bien assis? –
Mandelieu-la-Napoule (ouh là), arrivés trop tard, réception fermée
(heureusement qu’un gentil couple de Français a passé le coup de téléphone
miracle pour nous), chambre toute petite, un seul lit, difficulté à trouver un
endroit où souper, et la cerise sur le sundae : égarement total dans la
ville en tentant (erreur) de prendre un raccourci vers l’hôtel (heureusement qu’un
autre gentil couple de Français nous a aidés à retrouver notre chemin). Sur ce,
vous comprendrez que ma moitié de lit m’appelle!
Ah oui, j’oubliais : c’est magnifique ici :)
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