6h25 du matin.
Je suis dans le train me menant à Milan, où je prendrai ma
correspondance pour Florence, arrivée prévue 11h55, ce qui devrait me laisser
amplement le temps de tout vous raconter. Semblerait que je traverserai de
magnifiques paysages (prochain arrêt Montreux), mais pour l’instant il fait
encore très noir et moi je n’ai pas sommeil.
So… Berlin! Premier constat : il fait froid. Dans notre
hâte de boucler nos bagages au retour d’une chaude randonnée, nous avons
présumé à tort qu’il ferait un temps doux, voire chaud, en Allemagne également.
Tututut. Berlin est très au nord, et la semaine était fraiche un peu partout
semble-t-il, contrairement à la semaine qui a précédé mon arrivée. Donc, il
faisait froid, il faisait gris, il a plu… mais malgré tout ça Berlin nous a
charmées (peut-être un peu plus Kalem, qui est carrément tombée amoureuse de la
ville et qui se verrait y vivre). Effectivement, la ville a un petit quelque chose
qui rappelle Montréal : une multitude de quartiers comme autant d’univers où
tout le monde peut trouver sa place : branchés, grunge, huppés,
classiques, bobos, artistes, fashionistas, universitaires… Ajoutez à ces personnalités multiples
la valeur historique qu’on lui connaît, entre autres son fameux mur, mais aussi
de nombreux bâtiments/monuments/lieux de l’absence illustres, parfois
tristement; puis une aura mythique, éclatée et unifiée à la fois. Berlin,
l’indescriptible.
Nous avions réservé une petite chambre proprette dans un
ancien (et très beau) couvent converti en auberge de jeunesse qui a très bien
fait l’affaire, à proximité de la Podzdamer platz - pour situer les familiers.
Le premier jour, nous avons surtout silloné le quartier
Mitte : Alexanderplatz, tour de la télévision, île des musées
(malheureusement beaucoup de travaux), Reichtag (parlement allemand) et porte
de Brandebourg (arc de triomphe symbole de division pendant la guerre froide et
de réunification aujourd’hui). Kalem migraineuse et enrhumée + pluie froide et
vêtements trop minces + moi-même assez fatiguée = nous sommes rentrées à
l’auberge faire une sieste des plus réparatrices, après quoi nous sommes
ressorties souper non loin de l’auberge, en passant par le fameux Checkpoint
Charlie (jadis principal point de passage entre Berlin-Ouest et Berlin-Est).
Nous sommes enfin allées nous balader du côté de Kreuzberg, quartier branché,
où nous avons pris un chocolat chaud-baileys et un morceau de gâteau maison sur
Oranienstrasse. J’oubliais presque! En attendant notre métro de fin de soirée,
nous avons vu passer un gros rat « juteux » selon l’impression de
Kalem!
Le deuxième jour, nous nous sommes d’emblée dirigées vers
Prenzlauer berg, quartier que Kalem et moi avons d’un commun accord couplé au
Mile-end montréalais, et qui s’est révélé une mine de bonnes adresses,
devantures fleuries, boutiques coquettes, cafés originaux et… friperies vintage
à petit prix. Je ne sais pas ce qui s’est emparé de moi, je ne suis
généralement pas friande de vêtements de seconde main, mais, dans le contexte,
ce fut une révélation. Nous étions deux gamines excitées à l’idée de dénicher,
essayer, revitaliser ces vêtements délaissés. Bref, je me suis acheté quelques
morceaux, dont, non négligeable, un petit manteau et un chandail de laine, même
pas un luxe vu la température qu’il faisait (maximum 15 degrés et encore
pluvieux) et le petit coût de nos trouvailles.
Nous avons dîné de bagels grillés et fromage à la crème et
de gros bols de thé dans une chaleureuse librairie du nom de Shakespeare and
sons, meublée de vieux divans un brin rococo avec une charmante bande sonore
des années 50. Parfois le temps ralentit.
Nous avons plus tard arpenté l’imposante Karl-Marx Allée,
large de 90 m, où se déroulaient jadis de nombreux défilés militaires, puis
avons longé l’East side gallery, le plus long tronçon du mur de Berlin encore
debout, ici le support d’une centaine de peintures d’artistes de partout dans
le monde illustrant ce que la chute du mur leur a inspiré. Cette balade d’un
peu plus d’un kilomètre demeure je pense l’un des moments forts de mon séjour à
Berlin : me trouver devant ces vestiges d’une époque si peu ancienne et
pourtant si éloignée de ma réalité, la transformation d’un symbole de temps
sombres en une affirmation nouvelle de son identité via le processus
artistique… Berlin si près de son histoire, mais l’utilisant pour se définir
plutôt que de chercher à la camoufler.
Mon guide de Berlin nous a ensuite conseillé une charmante
microbrasserie dans le quartier de Friedrichshain (dit secteur estudiantin),
une ancienne boucherie du nom de Hops & Barley, où un contrebassiste et un
guitariste mettaient l’ambiance. Touristes et berlinois y partageaient de
grandes tables dans une atmosphère festive et sans prétention. Jolie visite!
Troisième jour : nous avons commencé la journée par un
déjeuner au buffet de l’auberge de jeunesse où l’évolution des groupes
scolaires nous a fait nous remémorer nos premiers voyages et cette énergie
spéciale émanant du fait de retrouver nos camarades de classe en dehors du
contexte habituel. Nous étions manifestement parmi les plus vieilles à loger à
l’adresse des Three little pigs cette semaine dans tous les cas! Un mot au
sujet du nom de l’auberge, que nous nous expliquions mal, du fait que le
personnage de son logo ressemblait davantage à un chien qu’à un cochon, sans
parler du fait qu’il n’y en avait qu’un… en fait je vous laisse constater parmi
les photos qui suivront ce billet!
Non loin de notre auberge, nous sommes allées visiter le
Musée du cinéma et de la télévision où j’ai pu réviser quelques notions sur
l’expressionnisme allemand acquises dans un certain cours de cégep!
(Parenthèse retour au présent : la noirceur se fait
bleutée et d’immenses montagnes émergent des nuages, c’est majestueux.)
Nous avons ensuite expérimenté la montée de l’ascenseur le
plus rapide au monde à la Potsdamer platz (100 m en 8 secondes, j’espère ne pas
dire de fausseté) pour avoir un petit panorama de la ville. Kalem et moi
regardons nos photos a posteriori (les siennes surtout, j’étais assez
paresseuse sur la caméra…) et mon dieu qu’il faisait gris! C’était gris, gris,
gris, les trois jours! Au moins le troisième jour il faisait un peu plus doux,
peut-être autour de 18 degrés, et nous étions mieux habillées il faut dire.
Nous avions un peu de rattrapage à faire sur le plan
historique pour le reste de cette dernière journée, nous avons ainsi marché
jusqu’à l’impressionnant mémorial de l’Holocauste, site labyrinthique de la
taille d’un terrain de football où s’élèvent près de 3000 stèles d’hauteurs
variées, dont certaines assez vertigineuses quand on s’aventure vers le centre.
Un petit moment de recueillement s’est imposé à nous, chacune de notre côté,
dans ce cimetière nouveau genre, d’où s’élevait un silence qui n’avait rien à
voir avec le bruit.
Puis la place Gendarmenmarkt (belles grandes églises et chic
salle de concert où répétait d’ailleurs un orchestre à notre passage – pensée
pour Euphémie, ma sœur musicienne), Scheunenviertel (quartier dit juif) et sa
nouvelle Synagogue, son ancien cimetière et sa missing house.
Dernière halte : la Sainte-Catherine berlinoise, la rue
Kurfürstendamm (vous imaginez n’est-ce pas à quel point nous avons pu massacrer
nombre de noms de rues, quartiers, etc. en trois jours?) dans le quartier de
Charlottenburg. Le Routard de Kalem nous a guidées vers un coquet restaurant à
la terrasse fleurie, dans une rue secondaire, où nous avons très bien mangé.
Outre cette halte charmante, le quartier de Charlotte nous a laissées assez
froides, par son artère très commerciale et les foules qu’elle attirait. Nous
étions aussi assez fatiguées par nos trois journées bien remplies, et j’avais
particulièrement mal aux pieds. Je me suis d’ailleurs laissé tenter par une
paire de ballerines toutes simples, promesse d’un confort nouveau, chez le
géant KaDeWe, magasin de 6 étages rappelant quelque peu la Baie ou Ogilvys par
les grands noms qu’il abrite. Petit clin d’œil à mes collègues
québec-américains et pensée spéciale pour François Gravel : j’ai croisé
dans ce quartier une certaine rue du nom de Joachimstaler…
Que serait un tel périple sans un bon épisode final de
course contre la montre pour attraper notre avion de retour? Eh ouais… C’est
fou, on vit une fois un tel stress (cf billet de mai 2011 pour les curieux) et
on se dit que plus jamais on ne nous reprendra dans une telle situation de
stress, et pourtant! Kalem et moi avions pris pour acquis (ne jamais rien
prendre pour acquis…) que les s-bahn vers l’aéroport passaient assez fréquemment,
mais nous avons tapé du pied pendant une grosse demi-heure à la station
Sudkreuz pour prendre notre correspondance. Puis nous nous sommes rongé les
ongles toute la durée du trajet, avons couru jusqu’au terminal B pour passer la
sécurité, avons tenté un dépassement sans trop de succès dans la file
d’attente, et sprint final jusqu’à la fatidique gate 59 qui indiquait
« gate closed » au tableau des départs. J’ignore s’il y avait
vraiment de la musique qui jouait à ce moment, mais dans ma tête je vous jure
que oui, une bande sonore très à propos, pendant que nous nous faufilions entre
valises, voyageurs, boutiques duty-free, pour finalement arriver à notre porte
à temps. Soulagement. Je n’ai cette fois pas fermé l’œil du trajet, trop
adrénalinée par notre course folle.
Adèle, qui travaille à l’aéroport de Genève, nous avait
gentiment attendues pour nous reconduire jusqu’à Lausanne, la
« maison ». La grasse matinée de vendredi a été un bonheur. Puis
journée tranquille que vous connaissez déjà (dîner avec Stéphanie, balade dans
la ville et blogue au Bubble café). Ce qui nous mène à vendredi soir,
re-Morges. C’était le festival de musique Paillotte, essentiellement rock mais
assez familial, avec de nombreux stands de nourriture, de bière, des tables à
pique-nique, et l’inégalable vue sur le lac Léman, et même le mont Blanc
enneigé. Je m’y étais rendue avec Kalem seulement, puis Simon et un ami à lui
nous ont rejointes plus tard. Ce fut une soirée franchement très agréable! Je
vous propose la découverte d’un band genevois du nom de Animen, qualifié de
rock alternatif ou quelque chose dans ce bout-là, dont je ramène le dernier
album dans ma valise. Très chouette découverte en ce qui me concerne.
Puis samedi, hier, dernier jour à Lausanne. Kalem m’avait
offert, dans mon assortiment de surprises suisses, une mini-manucure avec
vernis à ongle de marque locale, ainsi nous avons fait un arrêt beauté en
allant à la gare retirer mes billets de train pour Florence, puis dernière
déambulation lausannoise pour moi.
Simon avait emprunté la voiture de ses parents en vue d’une
dernière escapade suisse en fin de journée : nous nous sommes rendus à
Gruyères, petit passage à la Maison du célèbre fromage, puis dans la petite et
coquette cité médiévale entourant son château. Nous sommes ensuite allés à
Bulle, LA ville où il faut déguster une vraie de vraie fondue au fromage, qui
était effectivement très bonne. Retour d’un personnage de la saison
passée : j’avais invité Chocho des épisodes Strasbourg/Malesherbes, qui
travaille désormais en Suisse et vit sur la frontière française, à se joindre à
nous. Ce fut un réel plaisir de le revoir, plus de deux ans plus tard, et dans
un contexte tout à fait différent! La prochaine fois ce sera au Québec, j’ai sa
parole, entre autres pour un show de Great novel ;)
Vous saviez ça, vous, qu’il peut être dangereux de manger de
la fondue au fromage, si on boit autre chose que du vin ou du thé bien chaud
pendant et après? J’ai appris que le fromage risquait de se cimenter dans
l’estomac si par exemple on l’accompagnait d’eau froide. Je n’ai pas pris le
risque!
Le réveil a sonné à 5h20 ce matin, interrompant une nuit de
labyrinthe de rues aux noms allemands (pas très reposante). Kashmir,
madame-chat de Kalem avec laquelle j’avais eu l’occasion de cohabiter un an à
Montréal, m’a fait l’honneur de me rejoindre dans mon divan-lit cette nuit,
alors que toutes les nuits précédentes, et même les jours, elle avait élu un
très exclusif domicile sur ma valise, ou plutôt celle que Roxane (allergique
aux chats… oups) m’a prêtée. Est-ce le poil que ma Paprika avait pris soin d’y
étaler les jours précédant mon départ qui a tant attirée Kashmou? Peut-être
bien! Quoi qu’il en soit, je pense qu’elle était plus triste de voir partir la
valise que moi ce matin.
Kalem a eu le courage (ou s’est sentie dans l’obligation ;)
) de m’accompagner jusqu’à la gare à cette heure matinale. J’avais la ferme
volonté d’arriver d’avance pour ne pas être stressée, pourtant je me suis
encore (!) retrouvée à courir pour attraper mon train. Bon, pas courir
beaucoup, mais juste assez pour que les adieux n’aient pas le temps d’être
déchirants, seulement empressés et heureux du temps partagé cette dernière
semaine.
Chère Kalem, je prends ici un peu mieux le temps de
t’exprimer ma gratitude pour cette magnifique semaine, parfaitement dosée entre
tourisme, découverte, aventure et moments tranquilles, de simples discussions,
ou de simples silences. À Simon également, merci pour votre hospitalité, pour
les bons repas, thés, cafés, pour la balade à Bulle et Gruyère, pour votre
amitié. J’espère pouvoir vous retourner l’ascenseur quand vous viendrez en
décembre.
Retour au moment présent. Voilà plus de deux heures que nous
filons vers le sud, et j’ose croire vers un temps plus chaud, c’est du moins ce
que me promettait la météo il y a un jour ou deux. Mauvaise surprise, Kalem me
laisse en souvenir le rhume qu’elle trainait depuis quelques jours. Alors je
mouche, j’éternue, je suis toute congestionnée… et je m’en vais soigner le tout
sous le soleil de Toscane :) Quoique pour l’instant il fait gris et pleut
même un peu, mais je suis encore loin de ma destination.
Je pense à mon petit papa, vraisemblablement dans l’avion
quelque part entre Montréal et Rome à l’heure qu’il est. Nous nous retrouverons
en soirée à Florence même, où nous avons réservé une chambre dans un petit
hôtel. Encore deux belles semaines de vacances devant moi, et oh que je me
réjouis à cette idée.