Dom et moi sommes arrivés ce matin à Toulon, après une nuit en mer depuis Ajaccio, capitale de la Corse, ville de Tino Rossi et de Napoléon! Nous sommes attablés à une petite terrasse en face de la gare, il n'est que 8h30, mais déjà le soleil tape fort. Encore quelques heures à attendre d'ici notre train en direction de Carcassonne, ce qui me permet de vous écrire mes mille péripéties corses.
Ah la Corse! Voici tout d'abord ce que j'avais à en dire quelques jours après mon arrivée:
''La Corse m'est hostile, je ne sais pas si elle veut de moi. Son soleil me brûle, ses routes m'étourdissent, me donnent la nausée, ses moustiques me grignotent, l'humidité de ses plages me pique les fesses, ses campings me mettent à l'épreuve, la fumée de ses cigarettes me pique les yeux et la gorge, elle me donne la fièvre et me cloue au lit... Elle me fait sentir toute petite, dépourvue de mes moyens. Grandiose et sauvage, la Corse. Oui sauvage, sans doute est-ce cet aspect qui se bute à moi / auquel je me bute. Pourtant ses habitants sont des plus sympathiques avec nous, pourtant je m'émerveille devant sa beauté brute. Oui elle porte bien son nom, ''l'île de beauté''.
Les nuages ici ne sont pas comme ailleurs, plus ouatés, ou plus filamenteux. Ils ne se contentent pas de glisser sur nos têtes; ils explosent, ils s'éparpillent, se redessinent. Leur observation - contemplation - est une affaire de chaque instant.
Ainsi s'installe une curieuse relation entre la Corse et moi : fascination - méfiance. De la matière pour réfléchir, un sentiments qui m'était jusqu'ici inconnu.''
Nos premiers jours en Corse ont été meublés par deux escapades avec Noura et sa bande d'amis, surtout sur la côte est de l'île - Porto Vecchio, Palombaggia. Nous y avons fait du camping et avons surtout profité de la plage. Cependant, le plan avait d'abord été de traverser l'île d'est en ouest et d'aller faire du bateau dans le golfe de Porto, mais le mauvais temps sur cette côte nous a fait revoir notre destination, et la découverte horrifiante de mon mal de transport sur la route la plus droite de l'île, celle menant à Porto Vecchio, m'a fait remercier le ciel d'avoir redessiné nos plans et de m'avoir évité les chemins tortueux de la montagne. Au début, j'ai cru être affectée par la chaleur étouffante, puis je me disais que c'était peut-être le verre de champagne de la veille, mais j'ai vite dû me rendre à l'évidence: ça tournait trop pour moi. Le reste de mes déplacements en voiture demeurent auréolés du brouillard des Mercalm, petites pilules qui se sont avérées fort utiles, mais endormantes.
De retour chez Noura à Bastia, Dom et moi étions animés par plein de beaux projets: une journée ou deux au Cap corse, une escapade à Erbalunga, petite ville voisine de Bastia, peut-être une randonnée en montagne, un peu de plage, etc. Or, j'ai attrappé à ce moment une sorte de grippe: mal de gorge, mal de tête, fièvre... si bien qu'il m'était pénible de faire une simple balade en ville. D'un côté, ça a permis à Dom, pendant ces deux jours, de faire plusieurs recherches pour la suite du voyage, ce qui n'était pas chose simple! En effet, il n'y a aucune auberge de jeunesse en Corse, et les hôtels ne sont pas donnés (en fait, rien n'est donné en Corse, le coût de la vie est assez cher du fait que c'est une île). De plus, le week-end que nous souhaitions passer à Ajaccio se trouvait à être le week-end de la Pentecôte, alors tous les gîtes pas trop chers étaient déjà loués. Nous avons dû nous rabattre sur l'option camping pour une deuxième fois en Corse, somme toute le moyen le plus économique de se ''loger''.
Mais bref, nos quelques jours à Bastia ont été des plus peinards, nous n'avons à peu près pas bougé de la ville, nous sommes baladés un brin dans le vieux-port, sommes allés à la plage et nous sommes acheté un peu de lecture - un Agatha Christie pour moi et l'autobiographie de Jacques Mesrine pour Dom. Pour tout dire, nous nous étions autorisés, en arrivant en Corse, à ne pas nous mettre de pression pour tout voir; la Corse c'était des vacances, une parenthèse dans le voyage. Alors bon, mon corps en a profité pour tomber malade... De plus j'ai un peu eu les blues du pays, j'ai commencé à avoir hâte au retour, même si je ne voudrais pas non plus le précipiter. Reste un peu moins d'un mois!
Nous avons ainsi quitté Bastia (et Noura) vendredi matin - j'en profite ici pour remercier chaleureusement Noura pour son accueil!! Nous devions prendre le train de Bastia à Ajaccio, le TGV disent les Corses, pour ''train à grande vibration''. Effectivement, il travaillait fort le petit train dans la montagne, teuf teuf teuf! Nous nous étions laissé dire que la vue en train était imprenable et que ça ne tournait pas trop, rien à côté du trajet d'autobus, alors c'était parfait pour moi! Mais comme c'était trop beau, le chemin de fer était en réparation sur la deuxième partie du trajet - la pire! - alors nous avons dû faire celle-ci... en autobus, eh oui. Hop une Mercalm et le trajet s'est bien déroulé, le hic c'est que ça me prend toujours plus de temps à sortir du brouillard que la durée du trajet lui-même...
Nous avions emprunté la tente d'amis de Noura, Julien et David (merci!) pour nos trois jours de camping, puis un autre ami, Vincent, nous a gentiment prêté tapis de sol et sacs de couchage une fois à Ajaccio. Nous avons trouvé le camping sans trop d'embûches, mais une surprise de taille nous attendait une fois là: la tente était brisée. Il faut dire que la tente était neuve et que nous étions les seuls à nous en être servis jusque-là, aussi nous étions responsables de son bris, sans pouvoir dire à quel moment une telle chose a pu arriver! Nous avons tout de même réussi à la faire tenir tant bien que mal, après avoir emprunté et monté une tente minuscule prêtée par le camping - et avoir renoncé à dormir dans une si petite chose! Malgré tout, je crois avoir vécu une de mes meilleures expériences de camping durant ces 3 nuits. Dom et moi avons adopté un petit rythme de vie agréable, avons fait quelques courses au marché: du pain, du fromage, du saucisson, une bouteille de vin, des oranges... je me suis racheté deux romans inspirants. Nous avons aussi échangé quelque peu avec nos voisins de tente, l'atmosphère du camping en bord de mer était agréable. Sauf la dernière nuit, tadam!! Nous avons été réveillés vers 2 heures du matin par une engueulade monumentale entre deux groupes de campeurs, l'un d'entre eux s'est fait casser le nez, la police est retontie, ouf! Quelle nuit! Tout ça pour une question de fausse accusation de vol de lampe frontale... les joies du camping :)
Le clou de notre séjour à Ajaccio demeure notre balade en mer vers la réserve naturelle de Scandola (patrimoine de l'humanité) et les calanques de Piana. Je dois dire que ces deux attraits étaient magnifiques, mais... en valaient la chandelle? Pas si sure... La mer était agitée, et le bateau, pendant des heures, a vraiment beaucoup tangué. Pour vous dire: l'équipage distribuait sans cesse des petits sacs en papier... et ces sacs servaient! Sans blague, au moins une trentaine de passagers ont été malades, et j'ai à un moment bien cru que j'allais faire partie du nombre - mais non, ça a passé. J'ai donc à nouveau avalé des Mercalm - ironiquement, ce n'est qu'à ce moment que j'ai compris le nom du médicament! - et ai raté tout le chemin du retour, pour le mieux sans doute. Dom le vaillant s'en est mieux tiré que moi.
Nous avons quitté le camping hier en début d'après-midi et avons tué quelques heures sur la terrasse d'un café en attendant notre bateau - nos gros sacs restreignaient nos mouvements et presque tout était fermé à cause du férié. Nous avons donc enchaîné les consommations: glace (crème glacée), bière, espresso, cappuccino, pastis... et avons appris en fin de journée, par Vincent avec qui nous avons pris un dernier verre, qu'il s'agissait d'un bar de nationalistes, et que nous n'étions peut-être pas tout à fait les bienvenus! C'est que je ne vous ai pas encore parlé des Corses. En quelques mots, ils sont réputés pour être petits, paresseux et surtout très fiers. Voici d'ailleurs une blaque entendue sur le bateau: Pourquoi les Corses sont si petits? Parce que quand ils étaient enfants, on leur a dit qu'ils devraient travailler quand ils allaient être grands. :p Mais bon, vous avez possiblement déjà entendu parler que ça brassait en Corse: mafia, vendetta, bombes... J'ai d'ailleurs questionné Julien et David à ce propos dès notre deuxième jour: quelle était la situation actuelle en Corse, est-ce que ça brassait pas mal? Ils ont commencé par répondre que c'était assez tranquille, puis se sont souvenus qu'un tel avait été tué la semaine d'avant, et tel autre et tel autre il y a 2-3 semaines, et ah oui c'est vrai il y a eu une bombe à tel endroit dernièrement, etc.! Inquiétant? Pas vraiment, du moins pas pour les touristes, puisque tout est soigneusement dirigé vers des personnes précises, et que les bombes n'éclatent que là où elles ne blesseront personne, c'est dans leur politique. Cela dit, de tout le temps que nous avons été en Corse, nous n'avons eu vent d'aucun incident criminel. N'empêche, ils sont très épris de leur île, ne veulent pas trop que ça change, ne laissent pas n'importe quelle compagnie s'y implanter (aucun McDo en Corse!), ne veulent pas s'emmerder, ne veulent pas travailler trop fort... Certains parlent le Corse (une forme de résistance?) et à ce que j'ai compris, les noms de villes entre autres en portent les traces: on ne prononce pas les terminaisons en voyelles! Aussi dit-on Porto Vec' pour Porto Vecchio, Palombage pour Palombaggia, Gerolat' pour Gerolata, une Pietr' pour la bière Pietra... La terminaison ne sert qu'à indiquer le genre et le nombre du mot, mais sa prononciation est inutile. Par contre, pour la réserve de Scandola, allez savoir pourquoi, on prononce le ''a''. On n'a pas pu m'expliquer...
A posteriori, la Corse.
Inhospitalière (attention, à certains égards seulement): difficile d'y circuler sans voiture (et même avec, pour les coeurs sensibles comme le mien), difficile de s'y loger, difficile de s'en tirer à petit budget... par contre les gens ont généralement été très gentils avec nous!
Majestueuse: le trajet de train / autobus entre autres m'a fait voir la grandeur presque monstrueuse et la beauté des montagnes et des paysages. Le golfe d'Ajaccio, sa mer et ses plages magnifiques, ses îles dites ''Sanguinaires'' pour la teinte qu'elles prennent au coucher du soleil, la réserve de Scandola, la petite ville de Gerolata au creux des falaises... wow. J'ai tout de même fini par craquer pour l'île de beauté.