Le léger recul s’alourdit de temps et de considérations de toutes sortes, c’est l’heure des bilans, l’heure de reprendre ma place dans l’ordre des choses, dans mon ordre des choses, dans mes choses… Voilà donc une semaine que je renoue avec un quotidien effacé, que je baigne dans une mer de douces retrouvailles.
Dans L’Anabase, Xénophon raconte le bonheur incommensurable ressenti par les Grecs envoyés en Orient quand ils ont revu la mer, leur chère Thalassa, après des mois passés loin d’elle. Eh bien je me demande bien quand je la reverrai, la mer, et si je ressentirai tôt ou tard le vertige de son absence, après deux mois passés à l’avoir pour fidèle compagne.
En arrivant à la maison jeudi dernier, j’ai repéré sur un bureau la pile de feuilles sur lesquelles ma mère avait assidûment fait imprimer mon blog, et je n’ai d’abord pas cru qu’il n’y avait là qu’une seule copie ! J’avais tant à dire, tant à décrire, je ne me suis pas rendu compte que j’écrivais autant… plusieurs m’ont dit avoir abandonné leur lecture parce qu’ils avaient pris trop de retard, d’autres m’ont reproché d’avoir inclus des détails inutiles… eh bien je m’en moque, parce qu’au fond je m’adresse ici à ceux qui m’ont suivie jusqu’au bout, du Québec au Québec, terre où l’on apprend à apprécier le beau temps, où il fait froid en juillet, puis humide comme c’est pas possible… Ce fut un vrai réconfort de reconnaître après 9 semaines la culture d’où je suis issue, la société qui est la mienne, même si je la portais toujours en moi, quelque part. Entendre le français, lire le français, reconnaître des visages, noter des changements, s’identifier, se sentir chez soi…
Et pour ce qui est d’un bilan, je dirais que vous l’avez déjà sous les yeux, qu’il est beaucoup trop long selon certains, qu’il fait au-dessus d’une vingtaine de pages imprimées, que vous savez déjà tout, et qu’il me sera impossible de faire plus court, à moins de commettre un sacrilège à l’égard de chaque moment délaissé.
Ainsi s’achève le périple de la voyageuse de mots en Grèce, mais il y en aura d’autres, c’est certain. J’espère vous avoir fait voyager avec moi, au moins un petit peu, parce que moi je suis restée avec vous, un petit peu, de cette manière.
En bonne Québécoise que je suis, je vous dis donc : à la prochaine fois !